Suppression de l’aide personnelle au logement pour les étudiant-e-s étranger-e-s : une mesure xénophobe, dangereuse et absurde

Les étudiant-e-s étranger-e-s doivent, toutes et tous, avoir accès à l’APL (Aide Personnelle au Logement), sans distinction fondée sur leur nationalité.

Le budget 2026 adopté lundi 2 février prévoit l’exclusion de l’Aide Personnelle au Logement pour les étudiant-e-s étranger-e-s n’ayant pas la nationalité de pays de l’Union européenne. Cette rupture d’égalité entre étudiant-e-s en fonction de leur origine est une mesure xénophobe, dangereuse, et inutile.

Sacrifier ces étudiant-e-s désignés comme « extracommunautaires » les assigne à une altérité irréductible dans un climat chaque jour plus nauséabond marqué par le racisme et les discriminations, et confirme que le gouvernement emporté dans une dérive délétère cède une nouvelle fois aux pires sirènes de l’extrême droite.

Cette mesure brutale s’ajoute aux violences sociales, administratives et institutionnelles que subissent quotidiennement les personnes étrangères, ou celles et ceux perçu-e-s comme tel, en France. La mesure s’apparente bien à une forme de préférence nationale. Cyniquement, il a été prévu que seuls les étudiant-e-s étranger-e-s extracommunautaires non boursier-e-s seraient inéligibles à l’APL. Or, les boursier-e-s ne représentent que 2% des quelques 320 000 étudiant-e-s extracommunautaires qui étudient sur nos campus !

Mesure xénophobe, cette suppression des APL est aussi une décision dangereuse.
Ces étudiant-e-s sont d’ores et déjà depuis 2019 et le bien mal nommé plan « Bienvenue en France » soumis à des droits d’inscription différenciés, soit 3 000€ pour une année de licence et 4 000€ pour une année de master. Ils sont également chaque jour confrontés aux discriminations toujours croissantes pour accéder à un logement, un job, un stage, un apprentissage, et de plus en plus au racisme qui ose s’exprimer à voix haute sur certains campus.

Plus encore que d’autres, ces étudiantes et étudiants sont ainsi victimes d’une précarité insupportable. Les chiffres produits tant par les organisations étudiantes que par les établissements attestent qu’ils sont, chaque année, plus nombreux, comme tous les étudiant-e-s y compris français-e-s, à ne survivre que grâce à la solidarité associative. D’après l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), 62 % des étudiant-e-s internationaux ont eu recours à l’aide alimentaire ou en auraient eu besoin. Les APL, dans leur budget déjà très en dessous du seuil de pauvreté, représentent en moyenne 200€ par mois.

Une telle mesure est donc xénophobe, dangereuse, mais elle est encore inutile ou même contre-productive. A celles et ceux qui ne veulent aborder la question migratoire que pas un biais utilitariste, rappelons qu’elle pourrait en outre avoir un effet économique négatif pour l’économie française. A rebours de ce qu’imaginent ceux qui la portent, les étudiant-e-s étranger-e-s ne sont pas une charge pour notre pays : ils constituent un apport bénéfique pour l’économie. Ils vivent, travaillent, et consomment en France. Le solde réel de leur présence est nettement bénéficiaire pour l’économie française lorsque l’on rapporte leurs dépenses sur le territoire aux dépenses publiques qu’occasionne leur accueil (scolarité, soins…).

Au-delà, ils représentent une incroyable richesse académique et intellectuelle. Contraindre ces étudiantes et étudiants, qui participent de la vitalité et du dynamisme de la recherche, à partir serait une catastrophe. D’autant que dans la plupart des disciplines, la recherche n’est pertinente qu’en s’inscrivant dans une dimension internationale. Celles et ceux qui retournent ensuite dans leurs pays poursuivent souvent des recherches en lien avec les universités françaises, participant ainsi à un rayonnement intellectuel certain. Ces étudiantes et étudiants permettent aussi à nos campus d’être de véritables lieux d’interculturalité, d’échanges, de diversité ; ils permettent à toutes et tous de s’enrichir d’un regard venu d’ailleurs.

Enfin, alors que le débat sur la modulation des frais d’inscription des étudiant-e-s français-e-s est de nouveau d’actualité, présenté par certains comme une solution au sous-financement chronique de l’enseignement supérieur par l’État, il faut le réaffirmer : toucher aux droits de certains menace à terme les droits de toutes et tous.

Le droit à l’enseignement supérieur fait partie intégrante du droit à l’éducation. Défendons le, pour toutes et tous. Né-e-s ici ou venu-e-s d’ailleurs, les étudiantes et les étudiants dans nos établissements doivent avoir les mêmes droits, ils doivent toutes et tous bénéficier de conditions qui leur permettent de s’épanouir et d’étudier sereinement. L’acharnement politique qui cible les étudiant-e-s étranger-e-s est indigne : xénophobe, dangereux et absurde.

Paris, le 16 février 2026

Signataires : Attac, La Cimade, Confédération générale du travail (CGT), Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques (CAALAP), CGT Ferc Sup, Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Fédération syndicale unitaire (FSU), Femmes Egalité, Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), LDH (Ligue des droits de l’Homme), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Oxfam France, SNESUP-FSU, SNPTES-UNSA, SOS Racisme, Union syndicale Solidaires, Union nationale des étudiants de France (Unef).

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