Dans une région conquise par l’extrême droite, dans un pays où le discours raciste s’est banalisé jusqu’au sommet de l’État, Nostre Mar est un acte de résistance culturelle et politique.
Depuis 2020, Perpignan est la plus grande ville de France dirigée par le Rassemblement national, sous la conduite de Louis Aliot. Dans le même temps, les Pyrénées-Orientales figurent parmi les départements les plus pauvres de France métropolitaine, où les inégalités sociales, la précarité et le sentiment d’abandon nourrissent depuis des années les succès électoraux de l’extrême droite.
À l’échelle nationale, le débat public s’est progressivement réorganisé autour d’une obsession identitaire. Immigration, islam, insécurité, « grand remplacement », « ensauvagement » : les mêmes thèmes saturent l’espace médiatique. Les plateaux de télévision accueillent quotidiennement des polémistes qui prospèrent sur la peur de l’Autre tandis que les associations qui combattent le racisme et l’antisémitisme sont largement invisibles.
C’est précisément dans cet espace que s’inscrit Nostre Mar.
Pendant vingt-cinq jours, le festival propose conférences, ciné-débats, concerts, expositions, ateliers, rencontres sportives et moments de convivialité. Un récit où la Méditerranée est envisagée comme un espace de circulation, de création et de mélange : une démonstration concrète qu’un autre récit est possible.
Le nom du festival porte cette ambition. Nostre Mar, « notre mer » en catalan, revendique une appartenance commune à cet espace méditerranéen qui relie les deux rives depuis des millénaires. Celle qui unit Perpignan à Barcelone, Alger, Tunis, Naples, Athènes ou Beyrouth. Celle où se sont croisés les peuples, les langues, les religions, les musiques et les imaginaires.
Cette Méditerranée vivante irrigue toute la programmation. On y entend du flamenco, du gnawa, du jazz, des musiques populaires venues des deux rives. On y débat d’histoire, de migrations, de mémoire et de citoyenneté. On y rencontre des intellectuels, des artistes et des responsables publics comme Patrick Boucheron, Najat Vallaud-Belkacem ou Benjamin Stora. On y découvre également les œuvres de créateurs qui racontent les identités plurielles du monde méditerranéen.
Nostre Mar est aussi le fruit d’un travail collectif ancré dans le territoire. Le festival s’est construit avec des associations locales, des cinémas, des restaurants, des bars, des tiers-lieux, des structures culturelles et des citoyennes et citoyens qui, toute l’année, font vivre le débat, la solidarité et la création dans les Pyrénées-Orientales. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.
Le festival s’ouvrira au Mémorial du Camp de Rivesaltes où plus de 60 000 personnes y ont été enfermées ou reléguées au gré des tragédies du XXe siècle : républicains espagnols fuyant le franquisme, Juifs et Tsiganes sous le régime de Vichy, prisonniers de guerre, harkis après l’indépendance algérienne, puis personnes migrantes et sans-papiers.
Choisir Rivesaltes comme point de départ revient à poser une question simple, mais fondamentale : de quel côté de l’histoire voulons-nous être ?
Nostre Mar ne prétend pas inverser à lui seul les dynamiques politiques qui traversent le pays. Aucun festival ne le pourrait. Nous entendons créer des espaces où l’on se parle à nouveau, où l’on partage des expériences, des cultures et des combats communs. Cette dimension est au cœur même du projet. Nous refusons l’isolement, le silence, le repli et le découragement que cherchent à imposer l’extreme-droite. Nous souhaitons aussi rappeler que la bataille culturelle ne se mène pas seulement dans les urnes ou sur les plateaux de télévision. Elle se joue aussi dans les lieux où des personnes qui ne se connaissent pas se rencontrent, discutent, créent, cuisinent, dansent ou jouent ensemble.