Le 25 mai 2026, sur les Planches de Deauville, en pleine affluence, un homme a publiquement proféré des injures antisémites ainsi que des menaces de mort visant des personnes juives présentes sur les lieux, parmi lesquelles plusieurs familles accompagnées de leurs enfants.
Poursuivi devant le tribunal correctionnel de Lisieux pour injure publique en raison de la religion et menace de mort réitérée commise en raison de la religion, le prévenu comparaissait le 8 juillet 2026. Les faits avaient profondément choqué les victimes et les témoins présents ce jour-là.
SOS Racisme s’est constituée partie civile dans cette procédure, au titre de l’intérêt collectif que l’association a pour mission de défendre dans la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations. L’association était représentée à l’audience par Maître Lucie Rain, aux côtés des victimes et des autres parties civiles.
Mais cette audience a également été marquée par un incident particulièrement préoccupant.
Selon plusieurs personnes présentes à l’audience, dont des avocats représentant les parties civiles, la présidente du tribunal aurait déclaré, en évoquant l’audience à venir : « Dépêchez-vous, il y a toute la diaspora juive qui arrive à 15 heures. »
Ces propos ont suscité une vive émotion parmi les parties civiles et leurs conseils. Dans un procès portant précisément sur des faits d’antisémitisme, l’emploi de l’expression « diaspora juive » pour désigner les personnes présentes à l’audience interroge particulièrement.
Le terme « diaspora » ne signifie certes pas juridiquement « étrangers ». Il désigne une population dispersée hors de son territoire d’origine. Mais son emploi dans ce contexte peut donner le sentiment de désigner les victimes, leurs proches, leurs avocats et les associations comme un groupe communautaire extérieur, plutôt que comme des justiciables et des citoyens venant exercer leurs droits devant la justice française.
Or, l’exigence d’impartialité de la justice ne porte pas seulement sur la réalité de la neutralité du juge, la justice doit également présenter les apparences nécessaires à la confiance des justiciables. Cette exigence revêt une importance particulière lorsque sont jugés des faits d’antisémitisme et que les victimes viennent précisément demander à l’institution judiciaire de reconnaître et de sanctionner une atteinte fondée sur leur appartenance réelle ou supposée à la religion juive.
À la suite de cet incident, les conseils de plusieurs parties civiles ont déposé, le 24 juillet 2026, une requête en récusation visant la présidente du tribunal judiciaire de Lisieux. La procédure est désormais soumise à la Cour d’appel de Caen.
Par une ordonnance du 4 août 2026, la Cour d’appel de Caen a ordonné qu’il soit sursis à la continuation des débats jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête en récusation. L’affaire a par ailleurs été renvoyée au 14 septembre 2026 à 13h30 devant la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Lisieux.
Une saisine du Conseil supérieur de la magistrature est également envisagée afin que les circonstances de cet incident puissent être examinées.
Pour SOS Racisme, il ne saurait y avoir de lutte effective contre l’antisémitisme sans une justice à la hauteur de cet enjeu. Les personnes victimes d’actes antisémites doivent pouvoir saisir la justice sans avoir le sentiment d’être elles-mêmes regardées à travers le prisme de leur appartenance religieuse.
Dans un contexte où les actes antisémites demeurent à un niveau particulièrement préoccupant en France, les victimes doivent pouvoir compter sur une justice impartiale, neutre et exempte de toute forme de stigmatisation.
SOS Racisme restera pleinement mobilisée aux côtés des victimes et de leurs conseils afin que les faits commis à Deauville soient examinés avec toute la rigueur nécessaire et que les droits des parties civiles soient pleinement garantis.