De l’incarnation de la liberté aux condamnations pour racisme : les deux vies de Brigitte Bardot.

Brigitte Bardot n’est plus. A l’âge de 91 ans, celle qui fut une icône du cinéma français et même du cinéma mondial est décédée.

Au milieu des louanges qui affluent et qui se fondent d’ailleurs sur une carrière cinématographique riche et disruptive, nous ne saurions passer sous silence ce que Brigitte Bardot avait choisi de devenir dans les dernières décennies de sa vie : une voix qui, trop fréquemment, servit à stigmatiser les étrangers, les musulmans ou les Ultramarins.

Brigitte Bardot avait pourtant su faire preuve de prises de positions et de choix artistiques frappés du sceau du progressisme ou de la fraternité. Dans « Et Dieu… créa la Femme » de Vadim ou dans « La Vérité » de Clouzot, elle fut le visage d’une femme libérée des carcans que lui imposait alors la société dans son ensemble ou la morale bourgeoise étriquée.

Hors des plateaux de télévision, elle sut se dresser publiquement contre l’OAS qui voulait la racketter et assimila cette organisation terroriste à des nazis, au grand dam des tenants de l’Algérie française. Alors que Joséphine Baker, artiste résistante et antiraciste, traversait de lourdes difficultés financières, elle la soutint et appela publiquement à ce qu’elle soit soutenue.

Hélas, Brigitte Bardot eut également une autre vie, celle qu’elle choisit de mener les trois dernières décennies de sa vie. Dans cette période, elle multiplia des sorties qui lui valurent plusieurs condamnations pour racisme.

Sans être une femme politique, elle apporta également un soutien répété à l’extrême droite.

La défense de la cause animale servait fréquemment de porte d’entrée à ses diatribes (critiques contre les musulmans du fait de l’abattage rituel des animaux ou contre les Réunionnais accusés d’être « des autochtones qui ont gardé leurs gènes de sauvages », ce qui se traduisit par une condamnation pour injures racistes à l’issue d’un procès où SOS Racisme était partie civile). Mais cette défense – en soi tout à fait noble – apparaissait dans ces situations comme un masque. Car la réalité, c’est que Brigitte Bardot avait emprunté le chemin d’une aigreur à partir de laquelle elle semblait ressasser la nostalgie d’une France disparue du fait d’une « surpopulation étrangère » fustigée par l’ancienne actrice.

Nous regrettons l’actrice pour ce qu’elle incarna. Nous condamnons les propos racistes qu’elle prononça par la suite. Car ces propos sont bien condamnables, y compris lorsqu’ils sont prononcés par une icône.

Que Brigitte Bardot repose en paix.

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