Tribune – Réenclencher la marche en avant contre le racisme

Publiée dans le Nouvel Obs, par Dominique Sopo et Morgane Verviers

La journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale du 21 mars et la semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme du 17 au 21 mars sont l’occasion de rappeler les ravages humains du racisme sous toutes ses formes et l’importance de repartir aujourd’hui au combat. Dans certaines parties du monde, il existe encore de nombreuses intimidations, violences, crimes pouvant aller jusqu’au génocide à l’encontre de populations ostracisées pour leur différence raciale, ethnique, sous l’égide de régimes politiques autoritaires.

Si ce phénomène n’a pas cette ampleur dévastatrice en France et en Europe, il est utile de rappeler qu’il l’a eue, comme a pu en témoigner il y a quelques semaines le 80e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Il est utile aussi de rappeler que près d’un siècle en arrière, avant les déportations dans les camps, il y a eu de sombre mémoire des flots de paroles déshumanisantes proférées à l’encontre des indésirables.

En cette période politiquement si trouble, on ose espérer que l’histoire ne se répète. Conjointement à la montée de l’extrême droite et la percée du RN [Rassemblement national] lors des dernières élections européennes et législatives et dans le contexte si spécifique des massacres du 7-Octobre en Israël et de la dévastation qui frappe Gaza depuis, des graffitis et tags racistes sont (ré) apparus sur les murs : Commentry [Allier], Clermont, Trégastel [Côtes-d’Armor], Montauban, La Côte-Saint-André [Isère]… Aucune région de France n’est épargnée.

Combat des mots

Sur certains plateaux télé, sur les réseaux sociaux, le vocable raciste « rampant » ou intentionnellement « sous-jacent » s’efface même devant une parole de plus en plus décomplexée visant le rejet de certaines catégories de notre population.

Pire même : alors que nous sommes en droit d’attendre de nos élu·es républicains une riposte, pour dénoncer, condamner, empêcher pareils dérives et abus de langage, on entend que certains d’entre eux participent ouvertement à ce concert public de propos orientés de manière insidieuse contre ces populations dénigrées. Semblant courir après l’extrême droite, ces représentants de notre République donnent clairement crédit aux ennemis du vivre ensemble.

Du côté de l’action publique dans son ensemble, on ressent là aussi une démotivation, un pessimisme, un « laisser-tomber » préjudiciables à nos valeurs. Faut-il dire et redire l’enjeu de ce combat social et politique qui défend les fondements de notre Nation établie sur la « Déclaration des droits de l’homme » ?

Il est évident que oui. Puisqu’il semble que cent fois sur le métier nous devons remettre l’ouvrage de la lutte contre tous les racismes, puisque nombre de nos élu·es ont abandonné ce combat des mots, il est de notre devoir, associations, syndicats, acteurs engagés de la société civile, de nous resolidariser pour cette cause, de nous unir pour réitérer cette parole civilisatrice, la redéployer dans les écoles, les débats publics, sur les plateaux télé et les réseaux sociaux.

Appel à la riposte

L’Unsa Education et ses partenaires lancent donc un appel à la riposte par les mots, la prise de parole, le porte-voix afin de réaffirmer le socle humaniste de notre société établie sur la tolérance et notre capacité à nous rencontrer, à partager un destin commun, sans conflictualité, au-delà de nos différences et divergences. Il est utile et urgent de dire que le racisme est le manifeste contraire, la négation de cette diversité indispensable et salutaire des femmes et des hommes, la promotion de l’extinction de beaucoup d’entre nous, et la fin de toute humanité.

Oui, il est plus que temps de réenclencher la marche avant de la lutte contre le racisme et tout type de discrimination dans tous les lieux d’éducation scolaire et populaire. Rien ne doit faire obstacle à nos réaffirmations, au message fort et ambitieux que nous portons, dans les lieux publics comme dans nos sphères privées, car ce combat pour l’égalité, la fraternité des femmes et des hommes de toutes origines, de toutes croyances et de tous continents est un défi de l’universel.

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