La découverte ce dimanche, à quelques heures du début du Ramadan, d’inscriptions antimusulmanes sur les murs du centre culturel islamique Avicenne Rennes est évidemment en soi condamnable. SOS Racisme tient à témoigner son soutien aux responsables de ce centre ainsi qu’aux personnes qui le fréquentent pour prier. SOS Racisme appelle par ailleurs le parquet de Rennes de faire diligence afin que les auteurs de ces inscriptions soient identifiés et aient à répondre de leurs actes devant la justice.
Au-delà de cette dimension judiciaire, il est important de rappeler que la parole publique a des conséquences sur des passages à l’acte qu’elle freine ou qu’elle encourage selon son contenu. Or, ces dernières semaines, et particulièrement ces derniers jours, ont été marquées par des paroles publiques – et notamment venues de responsables politiques – de nature à créer un climat d’hostilité envers les lieux de culte musulmans et les personnes identifiées comme musulmanes.
Ainsi, les polémiques sur l’ « islamo-gauchisme » – mettant l’Islam au centre des problèmes que la France rencontrerait – tout autant que les amendements au projet de loi visant à « conforter les principes de la République » impulsés par le groupe LR au Sénat légitiment une agressivité en actes vis-à-vis des musulmans et vis-à-vis de celles et ceux que le terme « musulmans » sert à identifier : les populations d’origine maghrébine regroupées naguère sous la dénomination « les Arabes ».
Ces inscriptions, faisant de la chrétienté une religion relevant de l’essence de la France à l’exclusion de toute autre religion (« Catholicisme religion d’Etat », « Non à l’islamisation », « France éternelle ») et appelant à des guerres ou à une guerre civile envers les musulmans (« Les croisades reprendront », « Charles Martel sauve nous »), sont le signe que le climat créé par ces sorties autorise l’expression de celles et ceux dont la haine raciste et antimusulmane est le projet fondamental.
SOS Racisme appelle les responsables poiltiques appartenant à des partis républicains à cesser leurs diatribes racistes et haineuses et appelle les partis politiques concernés par de tels comportements – et notamment LR – à faire acte d’autorité à l’endroit de leurs responsables en roue libre ces derniers jours. SOS Racisme attire également l’attention du gouvernement sur la responsabilité qu’il a prise en mettant au centre du jeu un projet de loi à la philosophie douteuse et qui autorise des sorties violentes d’une partie des responsables LREM tout autant que des amendements qui sont une véritable course à l’échalote à la stigmatisation. Quand un projet de loi visant « à conforter les principes de la République » crée un tel climat et facilite de tels actes, c’est donc que le projet de loi relève d’un amateurisme, d’un cynisme ou d’un aventurisme problématiques, sinon coupables.