Paru dans le Monde, par SOS Racisme et l’Institut du Genre en Géopolitique
À travers sa politique anti-migratoire violente, Trump prétend répondre à sa promesse du 30 octobre 2024, de « protéger les femmes, qu’elles le veuillent ou non » En France, le même discours est porté par les partis d’extrême droite. Marine Le Pen a régulièrement fait planer le spectre de la « problématique » migratoire, qui « menace » les femmes comme dans sa « Lettre aux Françaises » du 7 mars 2022. En réalité, derrière cette prétendue volonté de défendre la sécurité des femmes se dissimule un projet xénophobe aux relents racistes et islamophobes.
Quand l’extrême droite se déguise en féministe
En attisant les peurs, l’extrême droite déploie une stratégie bien rodée : diviser pour mieux régner. Les politiques et discours racistes et anti-migratoires sont ainsi requalifiés en prétendues mesures de « protection des femmes ». La sociologue Sara R. Farris parle de « fémonationalisme » : l’instrumentalisation des droits des femmes à des fins nationalistes et xénophobes.
Ce fémonationalisme est promu par des groupuscules identitaires tels que le collectif Némésis qui affirme défendre les « femmes occidentales » contre les dangers de l’immigration. Derrière cette rhétorique se cache une entreprise raciste de stigmatisation, ciblant en particulier les personnes issues de l’immigration, injustement désignées comme principales responsables des violences sexistes et sexuelles.
En se réappropriant le vocabulaire féministe, l’extrême droite oppose une figure fantasmée de la « femme blanche à protéger » à une menace patriarcale présentée comme extérieure, étrangère, voire civilisationnelle. Cette stratégie participe à l’instrumentalisation des luttes féministes pour en détourner le sens et à l’invisibilisation des voix de nombreuses femmes, notamment noires, arabes, migrantes ou descendantes d’immigrées. Pourtant, ces femmes sont parmi les premières victimes des offensives des groupes conservateurs et réactionnaires car elles se situent à l’intersection des discriminations de genre et de race.
Ces narratifs de désignation de boucs émissaires détournent délibérément l’attention des véritables causes des violences faites aux femmes. En déplaçant l’enjeu vers la question migratoire, ils invisibilisent le caractère systémique du patriarcat. En France, la situation est dramatique : en 2026, 11 féminicides ont déjà été recensés, dont la majorité dans le cadre conjugal. Plus que jamais, le domicile reste le lieu le plus dangereux pour les femmes. Ces réalités sont passées sous silence, car les violences sont majoritairement commises par l’entourage des victimes et ne servent pas l’agenda politique raciste et sécuritaire de l’extrême droite.
Derrière le vernis féministe : le fémonationalisme et l’agenda anti-droits
Partout dans le monde, les mouvements d’extrême droite mènent une offensive ouverte contre les droits des femmes. Le RN qui ne cache pas son admiration pour l’extrême droite internationale participe régulièrement à des événements avec eux et tente par exemple de se rapprocher de l’écosystème trumpiste. Alors même que l’administration Trump a pris des mesures contre l’accès à l’avortement et les droits des personnes trans.
Au-delà de ces alliances internationales, le RN mène une offensive directe contre les droits des femmes en Europe et en France. En 2023, ses députés européens ont refusé de ratifier la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes et la violence domestique. En 2024, c’est dans une propotion substantielle que les parlementaires du RN se sont opposés à la constitutionnalisation du droit à l’avortement ou se sont abstenus. Ces positions répétées révèlent un rejet des politiques d’égalité et de protection des femmes.
Cette offensive s’inscrit dans un écosystème idéologique plus large, au sein duquel les mouvements masculinistes occupent une place centrale. À l’échelle internationale, ces groupes revendiquent souvent ouvertement une proximité avec l’extrême droite. Nourri par la haine des femmes, le masculinisme prône la violence, la hiérarchisation des sexes et la déshumanisation des femmes. Véritable bataille idéologique contre les avancées en matière d’égalité, il délégitime le féminisme et présente les hommes comme des victimes d’un prétendu complot.
Cette radicalité se manifeste jusque dans le détournement des slogans féministes. Aux États-Unis, des mouvances masculinistes ont détourné le slogan « mon corps, mon choix ». Scandant désormais « ton corps, mon choix », ces mouvements affichent une volonté explicite de réaffirmer un droit de domination masculine sur les corps des femmes.
Cette idéologie a déjà conduit à des passages à l’acte meurtriers. En 1989, Marc Lépine assassine 14 femmes à Montréal dans un attentat revendiqué comme antiféministe. Depuis, certaines sphères masculinistes ont érigé son auteur en symbole d’une prétendue « résistance des hommes » face au féminisme. La pensée masculiniste s’inscrit par ailleurs dans une vision raciste et autoritaire de la société, qui la rapproche des courants réactionnaires et d’extrême droite.
Mettre en avant un agenda pro-droits
Face à cette réalité, il y a une obligation d’agir : recentrer le débat sur les causes structurelles des inégalités de genre, et refuser les raccourcis qui opposent les luttes. Il est crucial d’adopter une approche intersectionnelle dans le combat pour les droits des femmes, condition précieuse pour prendre en compte l’expérience des femmes dans leur diversité de vécus et dans la singularité des oppressions qu’elles subissent.
Notre réponse, c’est un projet de société basé sur l’égalité et la protection des droits, porté par une convergence des luttes féministes et antiracistes. Il est grand temps que nos responsables politiques considèrent sérieusement les femmes dans toute leurs diversité et luttent de façon globale contre les violences sexistes et sexuelles, comme le préconise la sphère féministe depuis des décennies.