Quand Jean-Luc Mélenchon « ironise » sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein : des propos malaisants et irresponsables

Hier, lors d’un meeting tenu à Lyon dans le cadre d’un soutien à la liste LFI aux élections municipales, Jean-Luc Mélenchon a ironisé sur la prononciation du nom du pédocriminel Jeffrey Epstein.

Au milieu de son discours, Jean-Luc Mélenchon a livré à son auditoire les phrases suivantes :
« Sauf s’il s’agit de l’affaire [èpchtaïne]. Ah, je voulais dire [èpstine], pardon. Ça fait plus russe, [èpstine], hein… Alors maintenant vous direz [ènnstine] au lieu d’[ènnchtaïne], [frankenstine] au lieu de [frankenchtaïne]. Eh beh voilà, non ? Tout le monde comprend comment il faut faire… ».

Il se trouve que l’affaire Epstein contribue, depuis plusieurs mois, à réactiver un imaginaire complotiste de nature antisémite. C’est pourquoi, jouer sur le nom d’Epstein en laissant sous-entendre que sa prononciation – qui est pourtant bien [èpstine] en anglais – est volontairement déformée pour brouiller les cartes sur l’origine du pédocriminel entre en évidente résonance avec cet imaginaire.

Ce matin, Jean-Luc Mélenchon et ses proches ont récusé toute dimension antisémite dans cette succession de phrases. S’agirait-il d‘une sortie aux relents « simplement » complotistes que cela poserait déjà un problème majeur.

Cependant, la mention d’une volonté de camoufler l’origine d’Epstein montre que ce propos entre dans la catégorie des « dog whistle ». En effet, Jeffrey Epstein est américain et juif. Or, la dimension américaine n’est évidemment pas camouflable tant Epstein se trouve associé à Trump ainsi qu’à de nombreuses personnalités de l’establishment étasunien. Quelle origine chercherait-on alors à camoufler en sachant que la dimension américaine du pédocriminel est irrévocablement associée à son nom ?

Jean-Luc Mélenchon suggère suffisamment pour que son propos suscite des réactions outrées. Mais il suggère suffisamment peu pour pouvoir se draper dans un honneur outragé.

Si cette démarche est consciente, elle est abjecte. Si elle est inconsciente, elle commande une réflexivité sur ce qui la rend possible, voire récurrente.

Alors que l’extrême droite n’a rien cédé à ses haines racistes et antisémites comme l’a montré la récente marche lyonnaise présentée comme un hommage à Quentin Deranque, cette attitude de Jean-Luc Mélenchon relève de la faute politique tout autant que de l’irresponsabilité.

Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, « Alors que l’extrême droite, avec une complaisance rare de la part de nombreux médias, est lancée dans une grossière opération de normalisation et que la faiblesse structurelle de la gauche limite les capacités organisationnelles et intellectuelles de résistance à la poussée électorale du RN, l’attitude de Jean-Luc Mélenchon est irresponsable. Si la logique de la citadelle assiégée – sur fond de polémiques à l’occasion créées par lui-même – lui permet éventuellement de « bétonner » son camp, cette même logique – qui crée répulsion et décrédibilisation – nous emmène toutes et tous dans le mur. A commencer par les couches sociales que le reste de la gauche a abandonnées à Jean-Luc Mélenchon. »

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