Jusqu’à huit mois de prison avec sursis requis contre des militants du groupuscule identitaire “Les Natifs” pour leurs récentes provocations racistes à Paris

En instrumentalisant des attentats terroristes et des faits divers tragiques, le groupuscule identitaire « Les Natifs » multiplie les provocations racistes dans l’espace public. Deux de ses actions récentes ont été examinées ce mercredi 28 janvier 2026 par le tribunal judiciaire de Paris, dans des procédures où SOS Racisme s’est constituée partie civile. Ces procédures portent sur des faits de provocation publique à la haine ou à la discrimination à caractère raciste, commis au cours des derniers mois dans l’espace public parisien.

La première audience concernait une action menée le 11 novembre 2025, place du Trocadéro, à la veille des commémorations des attentats du 13 novembre 2015.

À cette occasion, des militants des Natifs ont déployé une banderole portant l’inscription : « Bataclan : dix ans plus tard, l’ennemi est toujours là », avant de diffuser sur les réseaux sociaux une vidéo revendicative associant les images de l’action à celles des attentats, accompagnées de slogans tels que : « Islam hors d’Europe » et « Ni oubli, ni pardon ».

Dans ses réquisitions, la procureure de la République a démontré de manière précise que ces propos visaient explicitement les personnes de confession musulmane, en s’inscrivant dans une rhétorique de stigmatisation collective. 

Pour ces faits, le ministère public a requis à l’encontre des prévenus des peines différenciées, proportionnées à leur degré d’implication respectif. 

À l’encontre des deux prévenus considérés comme les plus impliqués, le procureur a requis des peines de six mois d’emprisonnement avec sursis assortis d’une amende de 2 000 euros pour l’un, et de cinq mois d’emprisonnement avec sursis assortis d’une amende de 1 500 euros pour l’autre. Pour les trois autres prévenus, des peines de quatre mois d’emprisonnement avec sursis assorties d’une amende de 1 000 euros ont été requises.

La seconde procédure concernait des faits commis en octobre 2025, devant la cour d’appel de Paris, à l’occasion du procès de la meurtrière de la jeune Lola Daviet.

Cinq militants des Natifs étaient poursuivis pour avoir inscrit ou affiché, à proximité immédiate du tribunal, plusieurs slogans visant des groupes de personnes à raison de leur origine, parmi lesquels :

  • « L’immigration tue »
  • « L’immigration tue nos filles, nos sœurs et nos femmes »
  • « Clandestins dehors »
  • « Aujourd’hui, des Algériens tuent des Français »

Dans ce dossier, les poursuites visaient notamment des faits de provocation publique à la haine ou à la discrimination à caractère raciste ainsi que d’injure publique à caractère raciste.

La procureure de la République a rappelé que si la liberté d’expression constitue un principe fondamental dans une société démocratique, elle n’est pas sans limites et s’exerce dans un cadre légal qui, en l’espèce, a été largement dépassé.

En conséquence, le ministère public a requis des peines allant de 4 mois d’emprisonnement avec sursis assortis d’une amende de 1 000 euros à 8 mois d’emprisonnement avec sursis assortis d’une amende de 2 000 euros. 

Ces audiences s’inscrivent dans un contexte de réitération de faits déjà sanctionnés par la justice. En effet, en septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision dans l’affaire de la banderole visant la chanteuse Aya Nakamura. Déployée en mars 2024, cette banderole portait la mention suivante : « Y a pas moyen Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako ». La photographie de cette action avait été largement diffusée sur les réseaux sociaux, accompagnée de propos explicitement racistes.

Sur les treize militants poursuivis, le tribunal a prononcé trois relaxes et dix condamnations pour injure publique à caractère raciste.

Absents lors des audiences, les prévenus n’ont pas hésité à dissimuler des éléments relatifs à l’organisation de leur association, notamment en supprimant des échanges compromettants de leurs téléphones ou en refusant d’en communiquer les codes d’accès aux enquêteurs. Ces comportements traduisent une défiance manifeste à l’égard des institutions judiciaires, comme l’a très justement souligné Maître Noémie Gorin, avocate au barreau de Paris, représentant SOS Racisme dans ces affaires.

Pour SOS Racisme, ces procédures illustrent la récurrence de pratiques provocatrices et de discours de haine portés par un même groupuscule, qui instrumentalise des faits tragiques et des lieux symboliques de la République afin de désigner certaines populations comme des ennemis ou des indésirables.

Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, « le groupuscule Les Natifs poursuit une ambition: rendre légitime l’expression du racisme et rendre acceptable les agressions verbales et physiques à l’endroit des populations issues des immigrations maghrébine et subsaharienne. Face à ce racisme, la République doit répondre avec la fermeté qui s’impose. Mais, au-delà de la seule réponse judiciaire, c’est également le combat politique et intellectuel qui permettra de faire reculer ces dealers de haine au racisme pathologique. »

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