T-shirts « Niggachu » ou « Jew Jitsu », vêtements arborant des emblèmes nazis ou reproduisant des saluts hitlériens… : voici un petit échantillon de ce que des internautes pourraient se procurer en ligne en naviguant sur des plateformes de e-commerce. Alors que des sites marchands bien connus – parmi lesquels Temu, Shein ou AliExpress – sont régulièrement épinglés pour la vente de produits illégaux ou choquants, SOS Racisme alerte sur la mise en vente de produits (t-shirts, casquettes, affiches) à caractère raciste ou antisémite, et annonce qu’elle dépose plainte et interpelle ces plateformes afin qu’elles rappellent leurs obligations à leurs vendeurs et renforcent leurs mécanismes de contrôle.
Parmi les produits récemment identifiés, certains banalisent des stéréotypes raciaux, suggèrent des propos haineux visant des groupes en raison de leur origine ou de leur religion ou exposent des symboles du nazisme.
Ce phénomène, qui fait écho à d’autres scandales récents, notamment celui des poupées à connotation pédophile vendues sur des marketplaces, illustre une nouvelle fois les failles béantes de la modération commerciale en ligne.
Le Règlement européen sur les services numériques (DSA) impose à toutes les plateformes de vente en ligne :
- de mettre en place des mécanismes de signalement accessibles et efficaces pour les contenus et produits illicites (art. 16) ;
- de retirer promptement les contenus dès qu’elles en ont connaissance ;
- et, pour les très grandes plateformes, de prévenir et atténuer les risques systémiques liés à la diffusion de contenus haineux ou discriminatoires (art. 34 et 35).
En droit français, la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) prévoit déjà à son article 6 qu’un hébergeur doit agir sans délai dès qu’il est informé de la présence d’un contenu manifestement illicite.
Pourtant, ces obligations sont largement ignorées, en raison d’une logique de profit qui relègue la vigilance juridique et éthique au second plan.
En permettant la vente répétée de produits incitant à la haine, ces entreprises se rendent complices de la banalisation du racisme dans un contexte où notre pays connaît un retour des crimes racistes ainsi qu’une forte augmentation du nombre d’actes antisémites.
C’est pourquoi, devant le constat de la légèreté des plateformes face au racisme et à l’antisémitisme, SOS Racisme va interpeller officiellement lesdites plateformes concernées afin qu’elles :
- renforcent leurs dispositifs de modération,
- remplissent leur obligation de retrait prompt des produits illicites ;
- rappellent à leurs vendeurs tiers les interdictions légales en matière de propos racistes et discriminatoires,
- publient des rapports transparents sur les mesures prises pour prévenir la diffusion de contenus ou produits illicites.
L’association s’apprête également à alerter les autorités compétentes, notamment la DGCCRF, l’ARCOM et la Commission européenne, afin que des sanctions soient réellement prononcées face aux manquements.
Enfin, SOS Racisme signalera dès demain (jeudi) au Parquet les objets à caractère raciste vendus sur ces sites afin que la justice puisse établir les identités et les responsabilités des différents acteurs impliqués dans la mise en ligne d’annonces exposant les objets incriminés.