Ce lundi 31 mars, Marine Le Pen a été, aux côtés de nombreux cadres RN, condamnée pour détournements de fonds publics. La peine infligée à Marine Le Pen, à savoir 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et 4 ans de prison dont 2 fermes, s’explique aisément : Marine Le Pen a joué un rôle central dans la mise en place de ce système qui a permis au RN de voler plusieurs millions d’euros au Parlement européen, c’est-à-dire aux citoyens des pays membres de l’Union européenne.
Refusant d’assumer ses responsabilités, Marine Le Pen et son parti se sont immédiatement lancés dans une entreprise de délégitimation de la justice de notre pays.
Ainsi, jetant à la vindicte publique la présidente du tribunal ayant lu la condamnation des cadres du RN (celle-ci a depuis subi de nombreuses menaces et appels à la haine), Marine Le Pen et les siens dénoncent depuis le verdict « la dictature des juges » et le « vol » de la future élection présidentielle par « le système ».
Pire, ce mardi, le RN a appelé ses partisans à se mobiliser massivement dimanche 6 avril à Paris, à quelques rues seulement de l’Assemblée nationale.
Cette contestation d’une décision de justice sous cette forme et à cet endroit n’est pas sans rappeler ce que les extrêmes droites ont déjà mis en œuvre aux Etats-Unis avec l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 sous l’impulsion de Donald Trump ou au Brésil avec le saccage du palais présidentiel à Brasilia à la suite de la défaite de Jaïr Bolsonaro à la dernière élection présidentielle. Cela n’est pas non plus sans rappeler la tentative de coup de force de l’extrême-droite française lorsque, au milieu d’émeutes antiparlementaires, elle tenta de lancer une foule contre l’Assemblée nationale le 6 février 1934.
En appelant à ce rassemblement présenté comme une volonté de « sauver la démocratie » (sic !), Marine Le Pen et le RN visent à faire prévaloir la foule sur le peuple et à détruire la démocratie en affaiblissant les institutions qui la servent et la séparation des pouvoirs qui la caractérisent.
Après des années de banalisation du RN accompagnée avec beaucoup de complaisance par une trop grande partie des médias et facilitée par des responsables politiques – y compris dans le présent gouvernement – reprenant les thèses du parti d’extrême-droite, le résultat est là : le RN, fidèle à son Histoire, défie la République et ses institutions.
Or, les institutions sont ce qui nous protège collectivement, loin de la brutalité et du déni du droit appliqués par les démagogues et les racistes qui restent, hier comme aujourd’hui, les meilleurs termes pour qualifier les cadres du FN/RN.
C’est pourquoi, nous condamnons fermement les menaces que font peser Marine Le Pen et le RN sur nos institutions.
Au-delà, SOS Racisme appelle les citoyennes et les citoyens à prendre la pleine mesure de ces menaces et à juger du degré de perversité et de retournement sémantique opéré par le RN :
- pris la main dans le sac du détournement de plusieurs millions d’euros subtilisés aux contribuables, le RN en appelle au peuple qu’il a pourtant outrageusement volé ;
- appelant depuis des années à une sévérité implacable contre la délinquance et vitupérant contre une justice trop laxiste envers les « racailles », Marine Le Pen et le RN, une fois condamnés, s’étranglent devant un verdict qu’ils jugent soudainement bien trop sévère ;
- se présentant comme un parti opposé au « système » et proche des aspirations populaires, le RN montre que sa logique est celle d’une caste qui réclame pour elle-même le droit d’enfreindre la loi en toute impunité ;
- après avoir déployé des trésors de procédure pour retarder le procès et donc le prononcé du jugement, Marine Le Pen et le RN font aujourd’hui mine de s’émouvoir que ce verdict est trop proche de la prochaine élection présidentielle ;
- se présentant comme le parti de l’ordre, l’extrême-droite montre une fois de plus qu’elle est le camp du chaos ;
- appelant à une manifestation pour prétendument « sauver la démocratie », le RN s’emploie par ces procédés à l’affaiblir, voire à la détruire.
En outre, SOS Racisme appelle le gouvernement à sortir de son ambiguïté ou de son silence et à rappeler avec la plus grande fermeté l’indépendance de notre justice et le caractère impérieux du respect des décisions qu’elle rend.
Enfin, SOS Racisme demande au préfet de police de Paris de clarifier les conditions dans lesquelles le RN peut se permettre d’annoncer une manifestation de cette nature à proximité de l’Assemblée (là encore, coup de force ou autorisation accordée par les autorités ?), de se pencher sur la nature d’une manifestation qui pourrait constituer de toute évidence un grave trouble à l’ordre public et, le cas échéant, de faire procéder au déplacement du lieu de cette manifestation.