Avec 43,8 % des suffrages, l’Alternative für Deutschland (AfD) a remporté hier les élections régionales en Saxe-Anhalt. En faisant plus que doubler son score de 2021, elle réalise le meilleur résultat régional de son histoire. La CDU du chancelier Friedrich Merz arrive très loin derrière, avec 17,2 % des voix.
Dans le pays où le nazisme a accédé au pouvoir et dont la reconstruction démocratique s’est fondée sur le rejet de cette idéologie, la perspective de voir l’extrême droite diriger un Land constitue un avertissement majeur pour toute l’Europe.
La fédération de l’AfD en Saxe-Anhalt est classée comme une organisation d’extrême droite avérée par les services allemands de protection de la Constitution. Son succès marque la progression d’un projet nationaliste, autoritaire et raciste, qui cible les personnes étrangères, réfugiées, musulmanes et toutes celles et ceux que l’extrême droite désigne comme boucs émissaires.
Ce scrutin met également en cause la stratégie des forces de gouvernement. Friedrich Merz affirmait en 2018 pouvoir réduire de moitié l’électorat de l’AfD. Aujourd’hui, son parti subit une lourde défaite tandis que l’extrême droite poursuit sa progression. En reprenant ses thèmes, son vocabulaire et ses politiques anti-immigration dans l’espoir d’en capter l’électorat, les partis de gouvernement ne l’affaiblissent pas : ils légitiment ses obsessions et banalisent des propositions incompatibles avec l’État de droit, tout en lui permettant de se présenter comme une alternative « antisystème » crédible.
Cette percée s’inscrit aussi dans la montée en puissance d’une véritable internationale fasciste. De Washington à Budapest, de Rome à Berlin, les extrêmes droites se confortent mutuellement et bénéficient de puissants relais politiques, médiatiques et économiques. En France, le Rassemblement national participe pleinement de cette dynamique. Les distances tactiques qu’il affiche avec l’AfD au service de sa dédiabolisation ne changent rien au cœur de son projet : la préférence nationale et la remise en cause de l’égalité des droits.
À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, les responsables politiques français doivent tirer des leçons de ce qui se passe en Allemagne. Chez nous aussi, l’extrême droite est aux portes du pouvoir. La complaisance envers ses idées, la banalisation des discours racistes et leur traduction dans les politiques publiques ont contribué à rendre cette perspective acceptable. Céder à son agenda n’endigue pas sa progression : cela contribue à l’accélérer.
SOS Racisme exprime sa solidarité avec les forces démocratiques allemandes, les associations antiracistes et antifascistes et toutes les personnes menacées par cette progression.
En France, le sursaut ne peut attendre l’entre-deux-tours de la prochaine présidentielle. Il exige, dès maintenant, une rupture avec les concessions faites à l’extrême droite et une mobilisation résolue pour l’égalité et la fraternité.
Face à l’internationale fasciste, construisons un front antiraciste. Rejoignez-nous !