Le 31 octobre 2025, le Tribunal judiciaire de Paris a condamné quatre ressortissants bulgares néonazis à des peines allant de deux à quatre ans d’emprisonnement ferme pour dégradation à caractère raciste, dans un contexte marqué par des soupçons d’ingérence étrangère. La circonstance aggravante d’antisémitisme de l’infraction a été retenue par la juridiction, une décision saluée par SOS Racisme.
Dans la nuit du 14 mai 2024, aux alentours de 4h00, 35 empreintes de mains rouges avaient été apposées sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah à Paris, ainsi que sur plusieurs façades d’immeubles situés dans les 4ᵉ et 5ᵉ arrondissements de la capitale.
Ce symbole des « mains rouges » ne doit rien au hasard. En effet, il était connu des auteurs de ces appositions que l’apparition de ce symbole était vécu avec émotion par de nombreux Français juifs qui l’associent au lynchage par une foule de Yosef Avrahami et Vadim Norzhich, soldats israéliens dans le commissariat de Ramallah le 12 octobre 2000. A l’occasion de ce double crime, les meurtriers, après avoir tué leurs victimes, avaient exhibé leurs mains couvertes de sang à la foule.
La réutilisation de ce symbole conjuguée au choix délibéré des lieux – le Mur des Justes qui longe le Mémorial de la Shoah – traduit une intention manifeste de dégrader et détériorer un site à forte portée mémorielle et symbolique visant directement la communauté juive.
Comme l’a souligné Maitre Veil qui représentera à nouveau SOS Racisme devant la Cour d’appel de Paris, « ce procès marque une première en France, en soulevant la question de l’ingérence étrangère et de l’instrumentalisation de l’antisémitisme à des fins de déstabilisation ».
Si l’hypothèse d’une ingérence russe a été évoquée, elle n’a en aucun cas occulté le caractère indéniablement antisémite des faits, d’autant que l’un des prévenus déniait tout mobile antisémite. Plusieurs preuves accablantes attestaient de sa fascination pour Adolf Hiltler. Ledit prévenu présente ainsi un tatouage sur le torse représentant une croix gammée surmontée de l’aigle impérial, emblème de l’Allemagne nazie. Les enquêteurs ont aussi trouvé une photographie diffusée sur les réseaux sociaux montrant le prévenu vêtu d’un T-shirt à l’effigie d’Adolf Hitler, T-shirt sur lequel était en outre apposée l’inscription “He was right.”
Un appel a été interjeté par l’une des personnes condamnées en première instance. À l’occasion de l’audience qui se tiendra ce vendredi 6 février, SOS Racisme attend de la Cour d’appel de Paris qu’elle confirme intégralement le jugement rendu en première instance.
Pour Dominique SOPO, président de SOS Racisme, « la dégradation du Mémorial de la Shoah révèle une nouvelle opération de déstabilisation de notre pays mené par la Russie. Dégradation du Mémorial de la Shoah avec des symboles pouvant évoquer, dans les grandes peurs qui circulent au sein de la communauté juive, l’acte d’un militant propalestinien. Tête de cochon déposée devant une mosquée afin de créer troubles, peurs et rancœurs au sein de la communauté musulmane. La Russie de Poutine est prête à toutes les abjections pour venir mettre du sel sur les plaies de notre vivre ensemble. La meilleure façon de répondre à ces actes d’odieuse manipulation, c’est non seulement avoir une justice qui les condamnent avec fermeté. Mais c’est également répondre à ces fauteurs de haine par la modalité qu’ils détesteront le plus : le renforcement du vivre ensemble. »