Racisme et discriminations au sein des casernes de sapeurs-pompiers : SOS Racisme saisit le directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises ainsi que le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France

Ces derniers mois, SOS Racisme a été saisie de plusieurs situations particulièrement préoccupantes de discriminations, de harcèlement et de comportements racistes au sein de casernes de sapeurs-pompiers en France. Ces faits, portés à la connaissance de son pôle juridique, notamment par des victimes directes, révèlent des dysfonctionnements graves au sein d’institutions investies d’une mission essentielle de service public.

Parmi ces situations figure celle d’un sapeur-pompier du SDIS de l’Orne, victime de propos et comportements racistes de la part de sa hiérarchie, qui lui ont valu une mise à l’écart professionnelle. Ses supérieurs le surnommaient « bougnoule » et avaient notamment déclaré « Il n’y aura pas d’Arabe dans ma caserne ». Bien que la cour d’appel de Nantes ait reconnu en 2022 le caractère discriminatoire des mesures prises à l’encontre de la victime et ordonne sa réintégration, sa demande de mutation vers un autre SDIS a récemment été refusée. Le service de recrutement est allé jusqu’à invoquer son passé judiciaire – pourtant lié à sa dénonciation d’actes discriminatoires – comme étant « susceptible de conduire à des difficultés relationnelles ».

Cette situation pose une question majeure : peut-on aujourd’hui en France être entravé dans l’exercice d’une profession pour avoir dénoncé des faits de racisme ? Le Code général de la fonction publique consacre pourtant une protection spécifique des lanceurs d’alerte.

Autre cas : en novembre 2025, dans l’Hérault, un sapeur-pompier a dénoncé des propos racistes d’une grande violence ainsi que des faits répétés de harcèlement moral au sein de sa caserne. Les propos suivants ont notamment été tenus par ses collègues : « en plus de baiser ta sœur, je vais la baiser avec toi à côté pendant que tu t’auto-suceras. Bâtard, tu es mort » ; « arabe de mort » ; « ta mère la chienne de Djibouti » ; « les arabes n’ont aucun droit à part celui de la fermer » ; « le bougnoule de ses morts ».

Ces affaires s’inscrivent dans un contexte de banalisation de discours et d’actes racistes, illustré notamment par l’audience du 2 décembre 2025 devant le tribunal judiciaire de Troyes, à laquelle SOS Racisme était partie civile. Étaient jugés à cette occasion plusieurs membres de la Fédération française de parachutisme, dont des sapeurs-pompiers. Malgré la gravité des faits, tous les prévenus ont fait l’objet d’une relaxe alors que la dimension raciste des actes incriminés était évidente. En effet, les prévenus étaient poursuivis pour « provocation à la haine » après avoir participé à une soirée au cours de laquelle certains s’étaient déguisés en membres du Ku Klux Klan tandis que d’autres arboraient des blackfaces. Tous prenaient part à un simulacre d’exécution d’une personne noire.

SOS Racisme a récemment demandé au directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises ainsi que le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France d’adapter et renforcer les mesures de prévention et les sanctions.

Loin d’être isolées, ces situations illustrent des faits dont la gravité interroge. Elles révèlent que des formes banalisées de racisme s’expriment quotidiennement au sein de certains SDIS. Elles s’inscrivent dans un schéma plus large : de nombreux sapeurs-pompiers témoignent aujourd’hui de discriminations silencieuses, de mises à l’écart progressives et de carrières durablement limitées. Autant de dynamiques qui montrent un dysfonctionnement institutionnel qui appelle des réponses fermes et immédiates.

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