Le 23 février 2026, la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris a déclaré l’essayiste conspirationniste Pierre Hillard coupable de provocation publique à la haine à raison de la religion, et Emmanuel Desgranges, directeur de publication du site « Le Réveil des moutons », coupable de provocation publique à la haine ainsi que d’injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion déterminée.
Pierre Hillard a été condamné à une amende de 2 000 euros. Emmanuel Desgranges, déjà condamné en 2022 pour des faits de provocation à la haine, a été condamné à une amende de 3 000 euros.
Les poursuites portaient sur la diffusion, en août 2021, d’entretiens vidéo présentant les Juifs comme un « ennemi » exerçant une domination occulte, notamment financière, sur la société. Le tribunal a retenu que ces propos, rendus publics sur un site internet, ne relevaient pas de la libre critique ni du débat d’idées, mais participaient d’une logique de désignation d’un groupe de personnes déterminé comme intrinsèquement nuisible et dominateur.
La juridiction a rappelé qu’en matière de provocation, l’infraction est constituée dès lors que les propos comportent un appel ou une exhortation, même implicite, à la discrimination, à la haine ou à la violence envers un groupe de personnes à raison de leur religion. Elle souligne également que l’injure publique est caractérisée lorsque des expressions outrageantes ou des termes de mépris visent un groupe en raison de son appartenance religieuse.
Sur l’action civile, Emmanuel Desgranges a été condamné à verser à SOS Racisme la somme de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral, ainsi que 1 000 euros sur le fondement de l’article 475-1 du code de procédure pénale.
Cette décision intervient dans un contexte où les actes antisémites demeurent à un niveau historiquement élevé. En 2025, 2 489 actes antireligieux ont été recensés par le ministère de l’Intérieur, dont 1 320 actes antisémites, soit 53 % de l’ensemble des faits enregistrés. Ces chiffres traduisent la persistance d’un phénomène massif et préoccupant, marqué notamment par des atteintes aux personnes.
Les analyses récentes du Défenseur des droits mettent en lumière la banalisation des discours de haine dans l’espace public et numérique et leurs effets concrets sur les droits et la sécurité des personnes visées. Les discours complotistes antisémites, fondés sur l’idée d’une domination occulte et d’un « lobby » tout-puissant, constituent l’un des ressorts historiques de l’antisémitisme et nourrissent un imaginaire de l’ennemi intérieur.
En réprimant pénalement ces propos, le tribunal rappelle que la liberté d’expression ne saurait couvrir la désignation d’un groupe de personnes comme responsable d’un prétendu système de domination globale.
SOS Racisme, partie civile dans cette affaire, se félicite d’une décision qui affirme avec clarté que de tels propos antisémites engagent la responsabilité pénale de leurs auteurs et de ceux qui en assurent la diffusion.