Le 19 mars 2022, Federico Martín Aramburú, ancien international argentin de rugby, était tué par balles boulevard Saint-Germain, à Paris. Il avait 42 ans et était père de trois enfants. Après une altercation dans un bar avec Loïk Le Priol et Romain Bouvier, il avait quitté les lieux avec son ami. Les deux hommes, armés, étaient ensuite partis à leur recherche et avaient abattu Aramburú.
Plus de quatre ans après sa mort, le procès s’ouvre ce lundi 7 septembre devant la cour d’assises de Paris. Loïk Le Priol comparaît pour assassinat et Romain Bouvier pour tentative d’assassinat. Tous deux sont des militants d’extrême droite issus du Groupe union défense (GUD) et déjà condamnés pour des violences commises contre un ancien responsable de ce groupuscule.
En mai 2023, depuis la cellule où l’assassinat d’Aramburu l’a mené, Le Priol aurait déclaré au téléphone, à propos des tirs sur Federico Martín Aramburú : « Ce que j’ai préféré, ce sont les quatre dernières bastos que je lui ai mises dans le buffet ». Ces propos contrastent radicalement avec le repentir affiché quelques mois auparavant devant les enquêteurs, auxquels il expliquait vouloir « réparer le mal » qu’il avait fait et « se racheter ».
Cette violence n’est pas celle d’un seul homme mais celle de l’extrême droite, même lorsqu’elle essaie de nous faire croire qu’elle est respectable.
Il y a plusieurs années, Loïk Le Priol avait ainsi fondé « Babtou Solide Certifié », une marque de vêtements identitaire largement diffusée dans les milieux d’extrême droite et notamment portée par Julien Rochedy, ancien président du Front national de la jeunesse. Derrière l’imagerie viriliste et identitaire, la violence était déjà érigée en réponse légitime à une société présentée comme « menacée ».
En outre, pendant des années, ces assassins ont entretenu des relations avec d’autres membres de la jeunesse frontiste ainsi qu’avec des proches de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.
Ces éléments doivent nous conduire à regarder au-delà du seul parcours de ces deux militants d’extrême droite. La stratégie de « dédiabolisation » du Rassemblement national entretient depuis des années l’illusion d’une frontière étanche entre une extrême droite en cravate, qui revendique la respectabilité et celle des groupuscules dont elle prétend réprouver les méthodes. Les enquêtes consacrées à la « GUD connection » démentent cette séparation : amitiés anciennes, réseaux militants, sociabilités et relations commerciales ont durablement lié des figures issues du GUD à l’entourage des dirigeants du RN et à ses prestataires de campagne.
Mais la porosité ne tient pas seulement aux personnes et aux réseaux. Elle est aussi idéologique.
De l’immigration décrite comme une « invasion » à la désignation permanente d’ennemis intérieurs ; de la glorification d’une identité nationale prétendument assiégée à l’injonction à « résister » : l’extrême droite construit un imaginaire politique dans lequel une partie de la population serait engagée dans un combat pour sa propre survie.
Quelle que soit la manière dont elle se présente, l’extrême droite porte intrinsèquement une promesse de violence : celle qui naît de la hiérarchisation et de la haine.
Alors que l’extrême droite gagne en puissance et prétend incarner une alternative de gouvernement, ces proximités doivent être au cœur du débat public. Elles éclairent les dangers que son accession au pouvoir ferait peser sur celles et ceux qu’elle désigne comme des ennemis : en érigeant la haine en projet politique, l’extrême droite arme les esprits et favorise les passages à l’acte.
SOS Racisme exprime sa solidarité avec la famille et les proches de Federico Martín Aramburú, pour lesquels s’ouvre une étape essentielle.