Un site internet intitulé « Ma France : état des lieux », promu sous l’appellation « Où va ma France ? », présente des cartes et des tableaux d’indices prétendant mesurer « l’insécurité, l’islamisation, l’immigration, la défrancisation et le wokisme » à l’échelle nationale. Ces contenus reposent sur le croisement de données publiques avec des corrélations et des indicateurs subjectifs.
Le site répertorie notamment les mosquées et lieux de culte musulmans, les centres d’hébergement de personnes migrantes, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, ainsi que des statistiques prétendues sur la criminalité, mises en relation avec l’origine réelle ou supposée des populations.
Cette plateforme véhicule et encourage des narratifs racistes et discriminatoires. Elle permet la diffusion de commentaires publics insultants et haineux visant des personnes en raison de leur religion, en particulier musulmane, de leur origine réelle ou supposée voire de leur orientation sexuelle. Elle incite implicitement à éviter certains quartiers ou commerces du fait de la présence de populations migrantes ou de lieux de culte.
SOS Racisme relève que ces contenus sont susceptibles de constituer des infractions pénales, notamment des délits d’injure publique à caractère raciste ainsi que de provocation publique à la haine et à la discrimination.
De manière non exhaustive, le caractère manifestement stigmatisant de certains commentaires publiés sur cette plateforme l’illustre clairement. Des propos valorisant l’identification de personnes « voilées » dans des commerces, ou décrivant des lieux comme « insécurisés » et « musulmans », s’inscrivent dans une logique de déshumanisation et de haine particulièrement dangereuse, dans un contexte marqué par une recrudescence des crimes racistes en France ces derniers mois.
SOS Racisme s’associe pleinement à l’alerte lancée par la députée Sabrina Sebaihi, qui a saisi le ministre de l’Intérieur afin de demander la fermeture de ce site au motif qu’il instaure un fichage de lieux de culte et de populations fondé sur des caractéristiques protégées par la loi.
SOS Racisme annonce son intention de saisir le Pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH) près le tribunal judiciaire de Paris. Cette plainte vise à permettre l’identification, la poursuite et la sanction des auteurs ou responsables du site, ainsi qu’à obtenir la fermeture de la plateforme, afin de mettre un terme à la diffusion de contenus haineux et pénalement répréhensibles.
Enfin, SOS Racisme appelle les pouvoirs publics, les plateformes numériques et les responsables politiques à renforcer les dispositifs de protection des personnes et communautés ciblées par ce type de discours, et à garantir que le débat public ne devienne pas un espace de banalisation de la haine.