Le terrible naufrage qui a coûté la vie hier à 27 hommes, femmes et enfants qui cherchaient à rejoindre le Royaume-Uni sur un bateau de fortune est une tragédie qui s’est déroulée à quelques kilomètres de nos côtes.
Mais cette tragédie aurait pu être évitée. Car ces traversées du désespoir sont une des conséquences – la plus tragique – de ce qui se joue depuis près de 20 ans sur les côtes du Dunkerquois et du Calaisis. Près de 20 ans que la France, à travers les stupéfiants « Accords du Touquet », accepte que la frontière britannique passe, de fait, sur son territoire et que le Royaume-Uni refuse d’ouvrir des voies légales de passage pour ces milliers de réfugiés qui s’entassent, souvent dans la misère, la faim et la crasse sur les côtes françaises.
Il y a eu immédiatement et il y aura encore pendant quelques jours des larmes de crocodile des dirigeants politiques français et britanniques à l’endroit des morts. Et puis, une ritournelle habituelle – elle a déjà commencé – sur la responsabilité des passeurs envers lesquels on prononcera des phrases aussi martiales qu’inutiles. Mais la réalité ne souffre pas d’équivoque. Ces morts, parmi lesquels beaucoup de Kurdes venus d’Irak et d’Iran, sont le fruit certes des grands bouleversements – géopolitiques, militaires, économiques – qui traversent et déchirent leurs pays. Mais ils sont aussi celui de l’hypocrisie, de l’égoïsme et du mépris envers ces femmes et ces hommes davantage considérés comme des dangers – par idéologie, ressenti ou cynisme électoral – que comme des êtres à qui nous devons assistance.
Il est urgent de mettre un terme aux « Accords du Touquet », de traiter sur notre territoire les réfugiés comme des personnes et non comme la catégorie statistique des personnes à expulser et d’entendre notre pays taper du poing sur la table pour que le Royaume-Uni cesse sa politique de refus quasi-systématique de l’entrée sur son territoire des migrants massés à Calais et dans ses environs.