Près de deux ans après le meurtre de Djamel Bendjaballah, une avancée majeure intervient enfin dans le dossier.
Selon les informations révélées par Blast, la procureure de la République de Dunkerque a pris, le 23 juin dernier, un réquisitoire supplétif demandant à la juge d’instruction de mettre Jérôme Décofour en examen pour un meurtre aggravé par la circonstance de racisme. Jusqu’à présent, celui-ci n’était poursuivi que pour meurtre, la justice ayant écarté la dimension raciste des faits.
Le 31 août 2024, à Cappelle-la-Grande, Djamel Bendjaballah, âgé de 43 ans, était percuté à plusieurs reprises puis écrasé par Jérôme Décofour, sous les yeux de sa fille âgée de dix ans.
Pourtant, les éléments susceptibles d’établir la dimension raciste des faits étaient nombreux. Dans les mois précédant son meurtre, Djamel Bendjaballah avait déposé plusieurs plaintes contre Jérôme Décofour, notamment pour des injures racistes. Ces plaintes avaient été classées sans suite. L’enquête a également mis au jour les liens de Jérôme Décofour avec la Brigade française patriote, organisation d’extrême droite survivaliste, ainsi que des éléments particulièrement explicites retrouvés dans son téléphone : le numéro de Djamel Bendjaballah y était enregistré sous l’appellation « sale bougnoule ».
Malgré ces éléments, la circonstance aggravante de racisme n’avait jusqu’alors pas été retenue. Cette position avait notamment conduit la juge d’instruction, suivant l’avis du parquet, à déclarer irrecevables les constitutions de partie civile des associations antiracistes, dont SOS Racisme. L’association avait contesté cette décision et demandé que des investigations soient menées sur la motivation raciste du crime et sur les liens du mis en cause avec la Brigade française patriote.
Pour SOS Racisme, cette évolution constitue une avancée attendue depuis trop longtemps.
La demande du parquet marque enfin la prise en compte judiciaire d’une hypothèse que les parties civiles défendent depuis le début. Le meurtre de Djamel Bendjaballah ne peut être appréhendé indépendamment du harcèlement raciste dont il avait été victime, des plaintes qu’il avait déposées et de l’idéologie d’extrême droite revendiquée par son agresseur.
Elle ne constitue toutefois qu’une étape. Il appartient désormais à la juge d’instruction de se prononcer sur cette demande de mise en examen et de conduire pleinement les investigations nécessaires sur la motivation raciste du crime. Lorsque cette circonstance aggravante sera pleinement retenue, l’association entendra solliciter à nouveau sa constitution en tant que partie civile.
SOS Racisme appelle ainsi à ce que toute la lumière soit faite sur les circonstances du meurtre de Djamel Bendjaballah et sur les éventuelles défaillances qui ont précédé son décès. La famille de Djamel avait alerté les institutions avant le drame. Elle ne devrait pas avoir, après sa mort, à mener seule le combat pour que les faits soient examinés dans toute leur dimension.
Près de deux ans après les faits, il est temps que la justice instruise enfin le crime dont Djamel Bendjaballah a été victime sans détourner le regard de sa dimension raciste.
SOS Racisme continuera, aux côtés de la famille de Djamel et du collectif « Justice pour Djamel », à demander que cette dimension soit pleinement prise en compte dans l’instruction.