La jeunesse doit être protégée et écoutée, certainement pas matraquée !

Tribune de jeunes responsables associatifs et syndicaux

Depuis plusieurs jours, des lycéen·nes sont mobilisé·es pour réclamer des conditions d’études décentes et une écoute dont la société les a privés depuis trop longtemps.

Et pourtant, face à ces demandes légitimes, notre pays est le témoin d’une répression d’une violence sans précédent à l’encontre de ces jeunes mobilisé·es.

Cette violence, qui s’exerce majoritairement à l’endroit de mineur·es, ne peut pas être passée sous silence. Alors qu’ils et elles exercent leur droit à s’exprimer, à se rassembler et à défendre leur avenir, des jeunes se retrouvent exposé·es à des pratiques de maintien de l’ordre qui ont d’ores et déjà entraîné des blessures irréversibles.

Ces derniers jours, plusieurs lycéen·nes ont été grièvement blessé·es. L’un d’entre eux a eu la main arrachée à la suite d’un jet de grenade de désencerclement. Un autre a perdu plusieurs dents après avoir été atteint par un tir de gaz lacrymogène à bout portant. Une jeune fille a subi une clé d’étranglement. Un jeune homme a perdu un œil après un tir de LBD tandis qu’un autre était victime d’une tentative de noyade. Ceci n’est que la part visible de la violence et de la répression que subit la jeunesse.

Ces blessures ne sont pas de simples faits divers. Elles bouleversent des vies. Elles traumatisent à vie. Elles touchent une jeunesse qui ne demande rien d’autre que de pouvoir faire entendre sa voix et défendre son avenir et à laquelle on oppose un usage disproportionné de la force.

Par ailleurs, nous ne pouvons ignorer que cette répression frappe particulièrement des jeunes issu·es des quartiers populaires et de l’immigration. Cette dimension manifestement raciste et différenciée du maintien de l’ordre doit être dénoncée sans relâche. Tou·tes les jeunes de notre pays doivent bénéficier de la même protection et des mêmes droits. Alors que les jeunes des quartiers populaires et d’origine immigrée sont celles et ceux qui subissent les plus graves discriminations face à l’éducation, ce sont celles et ceux que la répression frappe avec la plus grande violence.

Une démocratie ne peut accepter que des jeunes soient à ce point violenté·es, mutilé·es alors qu’ils et elles exercent leurs libertés fondamentales.

La jeunesse de notre pays doit être protégée, entendue et respectée.

Face à la gravité de la situation, nous en appelons solennellement à la responsabilité du Premier ministre.

Nous lui demandons de prendre, sans délai, des engagements publics et précis afin de garantir la sécurité et l’intégrité physique des lycéen·nes mobilisé·es.

Nous demandons :

  • L’interdiction immédiate de l’usage des LBD contre les lycéen·nes, afin qu’aucun·e jeune ne puisse être mutilé·e ou gravement blessé·e pour avoir exercé son droit de manifester ;
  • La suspension immédiate de l’usage des grenades de désencerclement lors des opérations de maintien de l’ordre impliquant des rassemblements lycéens ;
  • La mise en œuvre immédiate de consignes de désescalade autour des établissements scolaires et lors des mobilisations de jeunesse, afin que la protection des élèves et des mineur·es prime sur toute logique d’affrontement ;
  • La garantie effective du droit des lycéen·nes à se rassembler, à manifester et à exprimer leurs revendications sans que leur intégrité physique ne soit mise en danger.

Le Premier ministre doit prendre la mesure de la gravité de la situation. Il y a urgence : nous refusons d’attendre qu’un·e nouveau·elle lycéen·ne soit mutilé·e, ou pire, pour que des mesures soient prises.

Nous appelons le gouvernement à prendre ses responsabilités et à garantir, dès aujourd’hui, que les lycéen·nes puissent exercer leurs libertés sans craindre pour leur intégrité physique.

Enfin, au-delà des seules questions liées à l’emploi disproportionnée de la force à l’endroit des jeunes, nous demandons au gouvernement d’entendre la jeunesse lycéenne mobilisée et de satisfaire les revendications qui sont les siennes

Nous voulons croire en la force de celles et ceux qui refusent la résignation : parce que l’avenir appartient à une jeunesse qui se lève, notre responsabilité collective est de faire en sorte qu’elle puisse le construire librement, dans la dignité et l’espoir.

La jeunesse de notre pays est notre avenir.

Elle doit être protégée et écoutée, certainement pas matraquée !


Premiers signataires

Sacha HALGAND, ancien président de “La FIDL, le syndicat lycéen” et membre du bureau national de SOS Racisme • Nawelle BENYAHIA-DJELLOUL, présidente de Cité des Chances • Nassim BOURZOUFI, enseignant et cousin de Djamel Bendjaballah • Ilies DJAOUTI, juriste, fondateur d’Alertes Racisme • Yassin EL KDIM, coordinateur du collectif « Nous Carcassonne » • Romain MONTBEYRE-SOUSSAND, membre du bureau national de SOS Racisme et co-chargé de projet Salam Shalom Salut • Manon MORET, secrétaire générale de l’UNEF • Suzanne NIJDAM, présidente de la FAGE

Autres signataires

Kyllian ABDELLI, étudiant, président de SOS Racisme Lyon Maria AKLI, élève avocate • Agathe ANDRIEU, membre du projet Salam Shalom Salut • Alliya ARIFA, directrice des relations publiques chez Cité des Chances • Malka-Lou AYACHE, membre du projet Salam Shalom Salut • Maylis COUDERC, co-présidente de SOS Racisme Perpignan • Karidja DIABY, étudiante et présidente de SOS Racisme Paris 8 • Nathan DUNYACH, étudiant et président de SOS Racisme Hérault • Dina EL SAYED, membre de Salam Shalom Salut • Shirley FARESCOUR, étudiante et membre de Salam Shalom Salut • Matthieu GRAMMATICO, co-coordinateur de Greenpeace Montpellier • Stanislas JESPERE, étudiant et co-président de SOS Racisme Gironde • Florian LACORT, lycéen et responsable de SOS Racisme Narbonne • Jean-Eudes MASCHERONI, étudiant et co-président de SOS Racisme Toulouse • Margot MIGRENNE, membre de Salam Shalom Salut • Serge-Henri OUATTARA, étudiant et co-président de SOS Racisme Gironde • Alban RODRIGUEZ, co-responsable du pôle lycée du collectif « Nous Carcassonne » • Fiona ROZNER, présidente de SOS Racisme Paris • Élise TEYCHENE, lycéenne et responsable de SOS Racisme Narbonne • Magou TIRAMAKAN, étudiante et militante antiraciste à Aubervilliers • Shana WEBER, co-présidente de SOS Racisme Toulouse

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