Il y a un an, George Floyd était tué par un policier à Minneapolis : Que reste-t-il de cette onde choc dans notre pays ?

Le meurtre raciste de George Floyd, une onde de choc mondiale

Le 25 mai 2020, George Floyd, un afro-américain, était tué à Minneapolis. Le meurtrier : un policier qui, devant des passants tétanisés, étouffait la victime en maintenant son genou 8 minutes et 46 secondes sur le cou de cette dernière.

Aussitôt, dans de nombreux pays, et notamment ceux qui furent d’anciennes métropoles coloniales (la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, l’Allemagne…) ou d’anciennes terres esclavagistes (les Etats-Unis), une onde de choc provoqua des manifestations à répétition.

Certes favorisées par les circonstances du 1er déconfinement et par la capacité prescriptrice des Etats-Unis, les manifestations qui eurent lieu renvoyaient à quelques réalités profondes sur le traitement réservé aux Noirs (et plus généralement, sur le traitement réservé aux descendants des populations colonisées et esclavagisées). La réalité des discriminations, le rapport à l’Histoire, les violences policières et le racisme dans la police se trouvaient interrogés ou dénoncés.

Les gouvernements bougent, sauf le gouvernement français

Dans l’essentiel des pays cités plus haut, des choses ont bougé. Même si les violences policières envers les Afro-Américains n’ont pas fondamentalement reflué, le discours de Joe Biden tourne le dos à celui de Donald Trump tandis que, dans plusieurs Etats fédérés, des réflexions ont été initiées sur la police. En Belgique et en Allemagne, les cheffes du gouvernement ont fait des déclarations sur leur passé colonial et sur les images choquantes du meurtre de George Floyd. En Grande-Bretagne, la police a, dès l’été, initié une revue de ses pratiques afin de vérifier que ses actions n’étaient pas discriminatoires (ce qui a fait l’objet de recommandations rendues publiques à l’automne dernier).

A rebours de ces dynamiques et malgré les avalanches de témoignages (y compris de membres des forces de l’ordre), le rappel des études (sur le contrôle au faciès, sur le vote FN, sur le rapport dégradé aux jeunes d’origine immigrée ou d’origine ultramarine…) et des alertes et interpellations (cf. appel initié par SOS Racisme quelques semaines plus tôt suite à l’affaire du « bicot »*), les autorités françaises sont restées bloquées, participant en première ligne de l’immobilisme. Chef de l’Etat muet sur le meurtre de George Floyd et refusant d’évoquer les violences policières et le racisme au sein des forces de l’ordre pendant de nombreux mois, ministres de l’Intérieur dont l’essentiel sinon la totalité de l’action est de répéter de façon pavlovienne qu’ils se tiennent « aux côtés » de la police là où ils devraient en être les chefs, dégradation spectaculaire du débat public à travers la participation d’une partie de l’exécutif à la démonisation de l’antiracisme par la réduction à l’envi de ce dernier à ses formes les plus caricaturales… Même le passage à tabac de Michel Zecler, malgré une interview le 4 décembre dernier d’Emmanuel Macron qui semblait enfin légèrement changer de fusil d’épaule, n’a pas fait bouger le sommet de l’Etat.

Le refus tenace des pouvoirs publics de traiter la question des violences et du racisme au sein des forces de l’ordre

Un an après la mort de George Floyd, la France se retrouve formidablement à la traine dans sa réponse institutionnelle aux questions malheureusement bien réelles de violences et de racisme au sein des forces de l’ordre. Les circonstances dans lesquelles Claude Jean-Pierre est mort en Guadeloupe il y a quelques mois l’attestent à nouveau, tout comme des comportements et des études inquiétantes sur la prégnance d’un tropisme pro-RN de plus en plus enkysté au sein de la police.

Le refus de traiter ces réalités prolonge des situations d’injustice et de violences contre des citoyens. Il crée par ailleurs une dégradation de l’image des forces de l’ordre dont patissent les membres de ces dernières. Il dégrade enfin la capacité à assurer la tranquillité et la sécurité publiques, qui nécessitent une relation apaisée et collaborative entre les forces de l’ordre et la population.

Il est d’ailleurs symptomatique que, près d’un an après le meurtre de George Floyd, deux évènements marquent l’actualité du sujet :

– une manifestation de policiers particulièrement populiste (et d’ailleurs rapidement soutenue par l’extrême-droite) et à laquelle se rendent de nombreux élus et… le ministre de l’Intérieur (donc un membre de l’exécutif qui participe à une manifestation de gens « en colère » visant, devant l’Assemblée nationale, à faire pression sur le législatif et à délégitimer l’action de la justice).

– une plainte déposée par le ministre de l’Intérieur contre Audrey Pulvar pour avoir critiqué ladite manifestation et en raison de propos contre les violences et le racisme venus des forces de l’ordre qui furent tenus lors d’un rassemblement organisé par SOS Racisme le 9 juin 2020 sur la Place de la République, en hommage à George Floyd que sa famille était en train d’enterrer à Denver.

Formation, encadrement, réforme des corps d’inspection, règles d’affectation, changement de doctrine de la sécurité publique… bien des solutions, pourtant, existent (cf. ** et ***). Encore faut-il que les pouvoirs publics daignent les considérer, à rebours d’un « Beauvau de la sécurité » justifié par l’émoi provoqué par le passage à tabac de Michel Zecler et qui, au final, aura soigneusement ignoré l’ensemble des sujets que cette agression posait. Comme si – électoralisme ? idéologie ? médiocrité ? – il valait mieux frapper ceux qui dénoncent ou subissent le racisme plutôt que lutter contre ce fléau.

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