Le 3 février 2025, le journal Libération publiait un article alertant sur le projet conçu par l’Institut Iliade pour la longue mémoire européenne d’ouvrir un club réservé « aux européens »[1].
Le sénateur Ian Brossat et SOS Racisme ont immédiatement saisi les autorités compétentes, ce projet étant d’une illégalité manifeste au regard de l’article 225-1 du code pénal qui prohibe toute distinction entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine et de leur appartenance ou non-appartenance, réelle ou supposée à une ethnie, une nation, une prétendue race ou religion.
Alerté par SOS Racisme des risques de discrimination et d’atteinte à l’ordre public que pourrait engendrer la création d’une telle structure, Laurent Nuñez a saisi la procureure de la République de Paris au visa de l’article 40 du code de procédure pénale pour des faits de provocation à la discrimination susceptible d’être commis par l’Institut Iliade.
Selon les informations recueillies, en novembre 2024, l’Institut Iliade aurait organisé une soirée regroupant plus de 200 personnes au sein du club du musée de la Chasse et de la nature, un hôtel particulier situé dans le IIIe arrondissement de Paris. Etaient notamment présents, la députée apparentée Rassemblement National, Anne Sicard, le maire de Salbris en Loir-et-Cher ainsi que la présidente du collectif Némésis, Alice Cordier.
L’Institut Iliade a été fondé en 2014 à la suite du suicide de Dominique Venner, sous-officier pendant la guerre d’Algérie, militant dans les années 1950 à Jeune Nation – un groupuscule néofasciste – puis adhérent de l’OAS. Conçu comme « l’œuvre fondatrice de Dominique Venner », l’Institut Iliade véhicule des logiques de replis identitaires, une banalisation de la haine et un racisme décomplexé. La Préfecture de Police de Paris avait notamment interdit un hommage à Dominique Venner organisé par ce même Institut qui devait se tenir le 21 mai 2023. Cette interdiction était justifiée par le préfet de Police de Paris, Laurent Nuñez au motif de l’existence « de[s] risques sérieux pour que, à l’occasion de cet hommage, des propos incitant la haine et à la discrimination (…) soient tenus »[2].
A la lecture de la brochure largement diffusée aux personnes affiliées à l’institut Iliade, apparait clairement l’usage d’une rhétorique exprimant la volonté de faire de ce lieu, dont l’ouverture serait prévue en mai 2025 dans un local de 220 mètres carrés à Paris, un endroit excluant un groupe de personnes en raison de son appartenance, réelle ou supposé, à une origine autre qu’européenne.
De plus, différentes figures appartenant à des collectifs identitaires radicaux auraient assisté à cette soirée et seraient à l’initiative de ce projet. Parmi ces dernières, la fondatrice et actuelle présidente du collectif Némésis, Alice Cordier. Ce collectif d’extrême droite radicale s’est notamment fait connaitre en 2019, lorsque plusieurs de ses membres avaient exposé des pancartes sur lesquelles était inscrit ce slogan : « violeurs étrangers ». La municipalité de Besançon a plus récemment déposé plainte pour « provocation à la discrimination et à la haine raciale » contre ce même collectif pour avoir brandi au cours d’une cérémonie des vœux de madame la maire Anne Vignot une banderole avec l’inscription « violeurs étrangers bienvenus ».
Entre autres propos, Alexandre Avril, maire de Salbris avait établi un lien direct entre l’immigration et la violence meurtrière à la suite de la mort de Matisse en avril 2024, en publiant directement sur les réseaux sociaux les propos suivants : « Il est grand temps d’ouvrir les yeux sur une réalité simple et tragique : l’immigration tue, chaque jour et désormais partout ». Plusieurs signalements avaient été effectués à la procureure pour propos incitant à la haine et à la discrimination.
Enfin, cet espace se présente comme « un lieu de rencontres pour les Européens au cœur de la capitale», soit, en d’autres termes comme un lieu fondé tant sur une logique identitaire extrémiste que sur une idéologie ségrégationniste.
En tout état de cause, la mention d’un « club privé réservé aux Européens », associée à la tonalité générale de la brochure, aux informations contenues dans l’article de Libération et au profit des initiateurs laisse peu de place au doute : il ne s’agit pas tant de défendre une culture que de mettre en place un lieu de ségrégation.
SOS Racisme alerte : les évènements et rassemblements permettant à des groupes identitaires de diffuser publiquement des propos pénalement répréhensibles participent à la banalisation du racisme et de l’antisémitisme les plus infames dans notre société. Cette banalisation doit être combattue, de manière d’autant plus forte au regard du contexte actuel de notre pays, où les logiques de replis identitaires et la montée des haines en miroir sont favorisées par les propos et les actes de racisme et d’antisémitisme.
SOS Racisme se félicite de la saisine de la procureure de la République par les autorités compétentes afin que des mesures soient prises pour enquêter sur la nature de ce projet.
[1]Libération, Bientôt dans Paris, un club privé réservé « aux européens » au service du racisme et de la xénophobie, Laurent Léger, 3 février 2025.
[2] Arrêté n° 2023-00540 portant interdiction d’une réunion organisée le dimanche 21 mai prochain entre 15h00 et 19h00, au Pavillon Wagram