15 juin 1985 : Le premier « Concert des potes »

Le 15 juin 1985, SOS Racisme était à l’initiative de la nuit de la Concorde, grand concert aussi appelé « Le concert des potes », dont le souvenir est encore gravé dans les mémoires de toute une génération. C’est quelques mois après la création de l’association SOS Racisme en 1984, qu’est organisé ce concert. Un concert qui fait suite aux crimes racistes qui ciblent alors les personnes d’origine maghrébine et à l’attentat contre le cinéma Rivoli Beaubourg lors du festival du film Juif et où 18 personnes furent grièvement blessées.

Trois grandes figures vont animer cet évènement présenté comme un appel antiraciste accessible à tous et qui dura près de 12h : Guy Bedos, Coluche et Michel Boujenah. Jérôme Savary était en charge de la mise en scène : « Ma contribution a été de laisser la fête à ceux qui la méritent, à tous ces types de Touche pas à mon pote, qui se sont battus et qui ont ce soir leur premier triomphe. J’espère que ça ne sera pas le dernier ! ». De très grands artistes se sont succédé sur la scène des heures durant. Téléphone, Francis Cabrel, Steel Pulse, Alain Bashung, Jean-Jacques Goldman ou encore Indochine se sont produits ce soir-là.

Les prestations musicales ont été entrecoupées de nombreuses prises de position, notamment par le discours d’Harlem Désir, président de SOS Racisme, qui assura l’introduction du concert : « Contre le racisme au quotidien, pour la force multiculturelle, pour que notre logique de vie, pour que la logique de l’amitié l’emportent toujours sur celle de la haine et de la mort ! »

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont eu la chance d’assister à cet évènement de grande ampleur et novateur, autour des valeurs naissantes de l’association telle que le vivre-ensemble et la lutte contre les discriminations raciales et le Front National. Les promoteurs du badge « Touche pas à mon pote » ont souhaité que cette nuit musicale, en mêlant spectateurs et artistes de toutes origines, aide à « submerger la haine » et à faire reculer l’intolérance.

Ce grand évènement ne sera pas le dernier organisé par l’association. En effet, de nombreux autres concerts devaient avoir lieu alors que l’association, en parallèle, développait ses permanences juridiques, des interventions en milieu scolaire (notamment en inventant la Semaine d’Education contre le racisme !) et des prises de position publiques contre la remise en cause du droit du sol, le poids – déjà ! – du Front national, les crimes racistes, les discriminations raciales ou l’antisémitisme.

A cette génération de jeunes dépeints comme traversée par l’égoïsme et le matérialisme, SOS Racisme inventait un slogan qui fait toujours notre fierté. Celui ou celle qui dit « Touche pas à mon pote » peut être noir, blanc, arabe, juif, musulman, chrétien, athée ou asiatique. Il ou elle dit par ce slogan que toute une génération s’engagera au-delà de ses propres intérêts au service d’une cause collective incarnée – au-delà de la figure d’Harlem Désir qui symbolisait l’arrivée aux premières loges des responsabilités associatives d’une jeunesse métissée – par des Hayette, des Fodé, des Thayma, des Nasser, des Malek, des Patricia, des Eric, des Claire, des Shéhérazade, des Christophe. Une belle génération où, toutes et tous, se sentaient concernés par la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

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