Allocution de Sébastien Lecornu : les revendications des lycéennes et des lycéens ne sont pas entendues.

Ce mercredi 7 octobre, Sébastien Lecornu s’est exprimé depuis Matignon afin de présenter son analyse de la situation et de présenter les projets du gouvernement.

Alors que les mobilisations lycéennes qui se sont déroulées hier ont représenté un évènement inédit par son ampleur, le Premier ministre ne semble pas vouloir prendre la mesure des attentes exprimées à cette occasion.

A travers ces mobilisations, les lycéennes et les lycéens ont soulevé la question des inégalités scolaires dont souffrent les lycées de banlieue, aussi bien en termes de moyens humains qu’en termes de bâti. Ils et elles ont également soulevé la question plus globale du manque de moyens dans un nombre trop important d’établissements scolaires dans lesquels les conditions d’enseignement ne sont pas à la hauteur de la promesse républicaine.

Face à ces revendications légitimes, le gouvernement a choisi la voie d’une répression inédite du mouvement lycéen qui, à ce jour, se traduit par un nombre de gardes-à-vue jamais vu dans un mouvement social et par l’emploi d’armes mutilantes à l’endroit de jeunes qui, pour certains, sont marqués à vie dans leur chair. En tant qu’association antiraciste, nous ne pouvons pas ignorer que les exactions les plus graves semblent toucher des jeunes d’origine immigrée résidant dans les quartiers populaires, ce qui pose une énième fois la question du racisme au sein des forces de l’ordre.

Pourtant, le premier ministre, tout en expliquant qu’il entend les préoccupations lycéennes, n’y répond pas. Sans doute parce qu’il compte sur une extinction du mouvement lycéen à la faveur des vacances de la Toussaint, aucun engagement financier nouveau, pas plus que des réponses sur l’usage d’armes mutilantes à l’endroit de jeunes, pas davantage qu’une affirmation d’un retour effectif de la démocratie lycéenne n’ont été prononcés.

Que le mouvement lycéen se poursuive ou non, chacune de ces préoccupations doit pourtant être entendue et faire l’objet de réponses des pouvoirs publics.

Il faut un plan d’urgence afin de rénover le bâti. L’effort nécessaire ne pourra venir des seules régions et demande donc un apport conséquent de l’Etat.

Il faut mettre un terme à la saignée du nombre d’enseignants afin d’assurer que, devant chaque élève, il y ait des enseignants, au sein de classes avec des effectifs raisonnables. Plus généralement, chaque élève doit pouvoir bénéficier d’infirmières, de psychologues, d’AED et d’AESH en nombre conséquents. Cela passe, chacun le sait, par des statuts stabilisés et par des salaires revalorisés.

Il faut que la loi interdise l’utilisation d’armes mutilantes à l’endroit des mineurs. Dans l’immédiat, il faut que la doctrine du maintien de l’ordre soit modifiée et que les mouvements sociaux cessent d’être vus comme des « troubles à l’ordre public », des « violences urbaines » ou des « émeutes » et donc comme des mobilisations à réprimer.

Il faut que les réformes mises en œuvre avec brutalité par Jean-Michel Blanquer soient profondément revues : la réforme de l’orientation qui, avec Parcoursup, a fortement accru la sélection à l’entrée à l’Université ; la réforme du lycée qui a fait disparaître les classes à partir de la 1ère ; la réforme du bac qui place les lycéennes et les lycéens en situation d’évaluation permanente.

Il faut que la démocratie lycéenne devienne ou redevienne une réalité. Loin de l’autosatisfaction du Premier ministre sur le « succès » que rencontrerait la plateforme mise en place par l’Education nationale, les instances lycéennes doivent devenir des lieux où se prennent des décisions et pas simplement des lieux où des représentants sont gentiment écoutés. Il faut également que les instances lycéennes soient un « plus » dans l’expression de la parole lycéenne et non autant de lieux utilisés aux seules fins de l’encadrement de la parole lycéenne.

Il faut que davantage de places soient créées dans l’enseignement supérieur afin de combattre la sélection qui s’y est de facto mise en place.

Au-delà de ces revendications, il faut également que le respect dû à chaque jeune soit au rendez-vous. Ce qui nécessite de lutter contre le racisme et les discriminations subis par une partie trop importante de cette jeunesse. C’est d’ailleurs cette partie de notre jeunesse qui, et c’est logique, a été à l’origine des mobilisations en cours.

Voici ce que nous aurions aimé entendre de la part du Premier ministre. Et voici sans doute ce que les lycéennes et les lycéens continueront, sous différentes formes, à lui rappeler et à rappeler à un monde adulte qui a lourdement failli ces dernières années à créer pour les nouvelles générations les conditions d’une confiance dans l’avenir.

Découvrir nos autres
actualités

Allocution de Sébastien Lecornu : les revendications des lycéennes et des lycéens ne sont pas entendues.

Ce mercredi 7 octobre, Sébastien Lecornu s’est exprimé depuis Matignon afin de présenter son analyse de la situation et de présenter les projets du gouvernement. Alors que les mobilisations lycéennes qui se sont déroulées hier ont représenté un évènement inédit

La jeunesse doit être protégée et écoutée, certainement pas matraquée !

Tribune de jeunes responsables associatifs et syndicaux Depuis plusieurs jours, des lycéen·nes sont mobilisé·es pour réclamer des conditions d’études décentes et une écoute dont la société les a privés depuis trop longtemps. Et pourtant, face à ces demandes légitimes, notre

Pétition – Nous ne nous tairons pas : Face à l’extrême droite, exigeons de l’État qu’il protège le débat démocratique !

Nous ne laisserons pas l’extrême droite décider qui peut parler et qui doit se taire. Citoyennes, citoyens, signez cette pétition pour exiger de l’État qu’il protège le débat public, fasse respecter l’égalité et agisse. Signez la pétition ! Chargement…

Affaire Jordan Bardella : la responsabilité de Marine Le Pen évidemment engagée

Les révélations par Médiapart des propos tenus par Jordan Bardella dans sa jeunesse ont conduit ce dernier à ouvrir des habituels contre-feux : le président du RN a crié au mensonge et à la manipulation, indiquant sa volonté de poursuivre

Nous soutenir