Interviewé ce matin sur RTL, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, revenant sur ses prises de positions à la suite de l’agression de policiers à Lyon, a confirmé sa volonté d’expulser massivement les « étrangers qui sont délinquants » et a annoncé vouloir présenter à cette fin un projet de loi en septembre prochain afin de « lever toutes les réserves » et notamment celles liées à l’âge d’entrée sur le territoire ou à la vie privée et familiale des personnes.
Alors que les tweets du 24 juillet du locataire de la place Beauvau s’avéraient particulièrement problématiques au regard du respect de la présomption d’innocence, de l’indépendance de la justice et de la séparation des pouvoirs (la personne dont il indiquait avoir demandé l’expulsion ayant été mise hors de cause), le ministre confirme dans son discours et par l’annonce de ce texte de loi son alignement sur les positions de l’extrême-droite, représentée dans sa forme la plus ouvertement xénophobe par Reconquête et le Rassemblement national aux dernières élections.
En faisant peser un soupçon permanent sur les personnes étrangères et en impulsant ainsi une très xénophobe logique de bouc émissaire qui suscitait naguère d’importantes levées de boucliers dans l’opinion et rendait infréquentable le Front national dans de larges fractions de la classe politique française, Gérald Darmanin, sans talent et sans imagination, renoue avec la logique impulsée par son ancien mentor Nicolas Sarkozy. Pour rappel, celui-ci avait une stratégie simple pour accéder à l’Elysée puis, pensait-il, pour consolider son pouvoir : s’en prendre aux étrangers, encore et toujours, en prétendant – cynisme suprême – lutter ainsi contre l’extrême-droite ! Au-delà des discours, cela s’était concrètement traduit par une tentative d’instauration de tests ADN pour le regroupement familial et par une politique d’expulsions massives d’étrangers.
Par cette nouvelle prise de position, le ministre de l’Intérieur s’inscrit dans une trop longue série de clins d’œil à l’extrême-droite de la part de la majorité présidentielle depuis qu’elle n’est plus la majorité parlementaire.
Alors qu’Emmanuel Macron a été élu en 2017 avec la volonté affichée de réduire l’influence de l’extrême-droite et réélu dernièrement grâce au front républicain auquel il avait lui-même appelé, comment le chef de l’Etat, la première ministre et les députés qui soutiennent l’exécutif peuvent accepter – sinon appeler de leurs voeux – ces concessions manifestes à l’extrême-droite ?
SOS Racisme appelle à ce qu’il soit mis un terme à cette dérive digne de Le Pen et d’Orban mais indigne de la République.
SOS Racisme demande à cette fin que l’exécutif rejette fermement la possibilité qu’un tel projet de loi puisse voir le jour sous ce quinquennat, un quinquennat rendu notamment possible par la mobilisation des citoyens opposés au racisme, à l’antisémitisme et à la xénophobie portés par le camp de Marine Le Pen.
Si tel n’était pas le cas, SOS Racisme prendrait ses responsabilités dans la mobilisation des forces progressistes afin qu’il soit fait barrage à un tel projet.