2 février 1914 naissance de Farhat Hached, syndicaliste, résistant au nazisme, et héros de la lutte pour l’indépendance de la Tunisie

En avril 2013, l'artiste tunisien Dabro rend hommage au syndicaliste et résistant tunisien Farhat Hached. Ce héros de lutte pour l'indépendance donne aussi son nom à la place de Paris sur laquelle trône son portrait.

 

 

 

Il y a 101 ans, le 2 février 1914 naissait à El Abbassia, Farhat Hached, futur fondateur et leader de l’UGTT (Union General des Travailleurs Tunisiens) et figure emblématique de la lutte pour l’indépendance. Son engagement syndical commence en 1930, alors qu’il est employé à la Société du transport du Sahel. Il crée un syndicat de base affilié à la CGT française. Il y occupera différentes responsabilités avant de perdre son emploi en 1939 à cause de son engagement.

Durant la Seconde guerre mondiale, sous le régime de Vichy, toute activité politique et syndicale est interdite. Il se portera donc volontaire auprès du Croissant rouge. En 1943, la Tunisie est libérée du joug nazi et la France libre administre alors ce territoire. Farhat Hached est recruté en tant que fonctionnaire des travaux publics à Sfax où il reprend alors ses activités syndicales. Il démissionne de la CGT en mars 1944 devant l’incapacité du syndicalisme métropolitain à prendre en considération l’aspiration légitime d’indépendance des travailleurs tunisiens.

Dès novembre 1944 il fonde un syndicat tunisien autonome. Le 20 Janvier 1946 se déroule le congrès qui unifie les syndicats autonomes du Nord et du Sud et la Fédération générale tunisienne du travail, en une seule organisation : l’UGTT. Farhat Hached est élu à l’unanimité comme secrétaire général du premier syndicat autonome nord-africain.

L’indépendance et l’autonomie syndicale seront le fil rouge de l’engagement de Hached.

Ce sont ces deux principes qui vont conduire l’UGTT, sous sa direction, à jouer un rôle primordial dans la lutte pour l’indépendance de la Tunisie.

L’adhésion de l’UGTT à la fédération syndicale mondiale en 1949 et à la Confédération internationale des syndicats libres en 1951 vont lui permettre d’acquérir un poids international dans la lutte entre les autorités française et le mouvement national (mouvement indépendantiste).

En 1952, les négociations échouent entre le gouvernement français et le représentant tunisien. Les leaders indépendantistes vont être arrêtés, un couvre-feu sera instauré et l’état d’urgence proclamé. L’UGTT va alors diriger la résistance politique grâce à la protection que lui garantit le soutien de la Confédération internationale des syndicats libres, des syndicalistes américains et des démocrates au pouvoir aux Etats-Unis.

Cette pression de la société civile combinée à la protection internationale vont permettre au mouvement national de s’amplifier et va créer les conditions nécessaires à la réalisation de ses objectifs. Farhat Hached donna une nouvelle dynamique à la lutte pour l’indépendance en inscrivant le droit des travailleurs tunisiens parmi les revendications nationalistes et en orchestrant une véritable guérilla sociale contre les autorités du protectorat français.

Farhat Hached ne connaitra pourtant jamais l’indépendance. Son importance dans le mouvement national va faire de lui un ennemi du pouvoir colonial et de ses soutiens. Il sera assassiné le 5 décembre 1952 lors d’un guet-apens dans la banlieue tunisoise, vraisemblablement par « La main rouge » (organisation terroriste clandestine rattachée aux services secret Français).

En Tunisie, le parcours de Farhat Hached reste le symbole d’actualité de la lutte sociale et de l’émancipation tunisienne.  Même après la révolution de 2011 et la fin de l’oppression politique, son ombre plane encore sur l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), puissante centrale ouvrière qu’il avait créée en 1946 pour structurer une société civile qui soit partie prenante de la vie politique. Quand des membres de la Ligue de protection de la révolution, une milice pro-islamiste, attaquent le siège de l’UGTT au moment de la commémoration de son assassinat, le 4 décembre 2012, le pays est quasiment au bord de la grève générale.