Les prémisses d’un combat ou les débuts d’un intellectuel
Originaire d’Haïti, ce sociologue, éditeur et poète demeure l’une des figures essentielles de la lutte pour les droits civiques aux USA.
Très tôt, le jeune William Edward Burghardt Du Bois développe son goût pour les études et la politique. Il rentre à Harvard en 1888. Pendant ses études, une bourse lui permet de partir pour l’Université de Berlin. Il fait alors des voyages à travers toute l’Europe. C’est l’occasion pour lui de réfléchir à la problématique afro-américaine.
A son retour d’Europe, il deviendra le premier noir docteur en philosophie en 1895. Il devient par la suite professeur de sociologie à l’Université de l’Ohio, puis à celle de Pennsylvanie et enfin à celle d’Atlanta. Il écrit des ouvrages de sociologie où l’on réfléchit pour la première fois à la condition de l’homme noir. Ces livres vont rapidement devenir des références incontournables sur ce sujet. On peut tout spécialement mentionner la publication en 1903 de son ouvrage le plus célèbre « The souls of Black Folk » dans lequel il aborde la question afro-américaine qui se pose à la société américaine. Remarquons que ce livre, qui est en quelque sorte l’ »ancêtre » des études afro-américaines, est également un des premiers ouvrages sociologiques aux Etats-Unis. Dans d’autres ouvrages, tel que « The Philadelphia Negro » (publié en 1899), il montre l’importance du rôle des noirs dans la Guerre de Sécession et dans la Reconstruction qui s’en est suivie.
Militer pour l’émancipation et la reconnaissance du peuple noir
Au début du vingtième siècle, Du Bois commence à militer activement. En 1901, il organise une conférence à Londres sur le panafricanisme où il exige des gouvernements « responsables » dans les colonies et le respect de l’indépendance d’Haïti, de l’Ethiopie et du Libéria. En 1905, dans un contexte où des émeutes anti-noires avaient éclaté dans quelques villes américaines, il lance un appel au rassemblement des intellectuels noirs pour réfléchir aux moyens d’émanciper les Afro-américains. Ils se retrouvent alors aux Chutes du Niagara, au Canada, car aucun établissement aux Etats-Unis n’accepte de les accueillir. Contrairement à Booker T Washington par exemple - autre figure essentielle militant pour l’intégration des noirs- W.E.B Du Bois ne cherche pas à être conciliant car il affirme très clairement qu’il ne faut pas se fondre dans une société blanche déjà existante en espérant que cette dernière accorde l’égalité des droits aux Noirs. Ce qu’il faut, c’est conquérir cette égalité et œuvrer non pas à « singer » les blancs et leurs valeurs mais à s’émanciper et à considérer la culture de l’homme noir à part entière.
Ce que l’on appellera dès lors le Niagara Movement devait faire date. Il constituera le premier mouvement contestataire moderne d’intellectuels noirs-américains.
Dédier sa vie à la lutte pour les droits civiques : la N.A.A.C.P
En 1909, il contribue avec d’autres à la création de la N.A.A.C.P, association œuvrant à la lutte pour obtenir l’égalité des droits entre les Noirs et les Blancs, à mettre fin au système ségrégationniste. Cette association militera donc pour la reconnaissance de droits civiques pour les noirs mais cherchera aussi à défendre et à encourager le développement économique et culturel des afro-américains. A partir de 1910, Du Bois se consacrera uniquement aux activités de cette organisation et deviendra le rédacteur en chef de son journal « The Crisis », qu’il dirigera pendant plus de 25 ans. Il ne reprendra sa chaire d’enseignant à Atlanta qu’en 1934 suite à des dissensions avec la N.A.A.C.P à qui Du Bois reproche de se focaliser sur les seuls intérêts de la bourgeoisie noire et d’ignorer la question sociale qui se pose à la masse des noirs.
En 1945, Du Bois est, avec George Padmore, la cheville ouvrière de la tenue à Manchester d’un Congrès panafricain. Padmore et Du Bois, qui avant la Seconde Guerre Mondiale avaient, chacun de leur côté, organisé à plusieurs reprises des réunions « panafricaines » peuvent être aujourd’hui considérés comme les pères du panafricanisme. Le Congrès Panafricain de 1945 revêt un relief particulier car il prit, comme les précédentes réunions panafricaines, position pour l’enclenchement d’un processus de décolonisation. Mais ce Congrès se singularise par les participants. Car, outre Du Bois, y participent toute une série d’Africains qui seront des militant actifs de la décolonisation, et de futurs chefs d’Etat (Jomo Kenyatta et Kwame N’Krumah)
Proche du Parti Communiste, Du Bois est poursuivi à ce titre dans les années 1950 (cf. maccarthysme). Bien qu’acquitté par la justice américaine, Du Bois ne croit plus en réalité, à la fin d’une vie qui l’aura vu se radicaliser de plus en plus, à la possibilité d’une évolution positive des Etats-Unis sur la question noire. Après avoir adhéré au Parti Communiste en 1961, il place ses derniers espoirs dans l’Afrique fraichement décolonisée. A l’invitation de N’Krumah, il se rend et s’installe au Ghana afin de coordonner l’élaboration de l’ « Encyclopedia Africana ». Mais ce projet d’une « encyclopédie noire » ne pourra être mené à son terme. Le 27 août 1963, un jour avant que Martin Luther King prononce son célèbre discours « I have a dream », Du Bois meurt à Accra, au Ghana. Le lendemain, 28 août 1963, son décès est annoncé aux participants de la Marche sur Washington qui observent une minute de silence.
Publié le 19/02/2008 à 11:03
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