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Stokely Carmichaël

(29 juin 1941 – 15 novembre 1998)

Un militant pour les droits civiques avec la non-violence pour stratégie

Quand Stokely Carmichaël commence à militer, ce jeune noir américain originaire de Trinité et Tobago est alors étudiant à l’Université d’Howard. Il s’engage rapidement aux côtés du « Student Nonviolent Coordinating Committee » (SNCC) – organisation étudiante qui luttera à plusieurs reprises avec Martin Luther King- et participe aux « Freedom rides » (« voyages de la liberté ». Ces « voyages de la liberté » étaient organisés par des militants pour les droits civiques. Ils utilisaient des bus inter-états pour tester si le jugement de la Cour Suprême qui rendait la ségrégation illégale dans les transports était appliqué. Dans les Etats du Sud, ces militants étaient stoppés sous prétexte de violer les lois locales et se faisaient parfois molester à coups de bombes incendiaires, de chaînes de vélo ou de battes de base-ball par des membres du Ku Klux Klan. Parfois aussi par la foule. Face aux coups, le mot d’ordre était « résistance ». Mais non-violente. Lors de ces voyages militants, Stokely sera arrêté et emprisonné des dizaines de fois… Dès le départ, S. Carmichaël s’était joint au SNCC car pour lui, la non-violence était un moyen de faire entendre la voie de la cause noire américaine. Le déroulement cruel de ces « freedom rides » viendront largement radicaliser ses positions. Et renforcer son sentiment que toute intégration à la société blanche américaine constitue une utopie. Non seulement une utopie mais aussi une insulte pour la reconnaissance de la culture et de l’identité des noirs américains.

Le passage à une grande radicalité : la marche sur le Mississippi ou la naissance du Black Power

En 1966, Carmichaël prend la tête du SNCC, reflétant ainsi la radicalisation de cette organisation, qui désormais s’en prend vivement aux méthodes pacifiques de Martin Luther King. La même année, James Meredith – connu pour avoir été le premier étudiant noir à entrer, avec l’appui de l’armée fédérale, à l’Université du Mississippi – décide de se lancer dans une marche solitaire entre les villes de Memphis et de Jackson. Sa « March Against Fear » a pour but de pousser les noirs à s’inscrire sur les listes électorales. A cette occasion, un blanc lui tire dessus sur la route. Ce fait divers se transforme en véritable affaire nationale. La NAACP et Martin Luther King veulent organiser une marche interraciale pour demander une nouvelle législation sur les droits civiques. Carmichaël, lui, veut une marche exclusivement noire, protégée par une milice noire armée. Le ton s’est durci depuis ses débuts au SNCC. Finalement, c’est la voix de Martin Luther King qui est entendue et une longue marche dans le Mississippi incitant les noirs à voter s’achemine jusqu’à Jacksonville. Là, tandis que Martin Luther King tente d’apaiser les esprits et appelle à la non-violence, Carmichaël prononce un discours véhément : « Nous devons construire dans ce pays une base solide pour que nous mettions les blancs à genoux chaque fois qu’ils nous provoqueront. » Et le fameux slogan : « Black Power » est lancé. Le ton est donné. L’année suivante, il théorise cette idée du pouvoir aux noirs dans un livre du même nom, coécrit avec Charles Hamilton. Cette théorie reste néanmoins assez floue. Il s’agit tant d’une revendication politique (le pouvoir aux noirs pour les noirs) que d’une revendication identitaire (« Black Pride » et retour aux racines africaines). Comme le disait Martin Luther King il s’agissait plus d’un « concept affectif » que d’une réelle théorie.

La légitimation de la violence et l’entrée au Black Panther Party

Il justifie à partir de là l’emploi de la violence dans la lutte anticoloniale et considère les noirs comme des colonisés. Sa façon de concevoir la lutte pour les droits des noirs est alors proche des Black Panthers qui appèlent à la guérilla urbaine contre la société blanche américaine coloniale (non pas sur une base raciale mais sur une base de lutte des classes, même si la différence n’est pas toujours saisie ou acceptée par les membres ou les sympathisants des Black Panthers). En 1968, Carmichaël devient ministre honoraire du Black Panther Party. Mais les tensions intestines au sein du BPP (attisées par le pouvoir fédéral via des infiltrés) et son adhésion à l’idée d’un retour des noirs américains sur la terre de leurs ancêtres le poussent à s’installer en Guinée Conakry avec sa femme, la chanteuse sud-africaine Myriam Makeba. Il devient conseiller du Président guinéen, le socialiste Sékou Touré (dont on retient surtout aujourd’hui son aspect dictatorial…). En 1978, en hommage aux leaders africains Sékou Touré et Kwame N’Krumah, Carmichaël changera son nom pour se faire désormais appeler Kwane Turé. Il restera en Guinée jusqu’à sa mort en 1998. Par son parcours, S.Carmichaël reflète bien la radicalisation de certains militants du combat pour les droits civiques à la fin des années soixante, amers face aux répressions policières et à la ségrégation dont ils ont été l’objet.



Buzzez !

Publié le 28/05/2008 à 11:27


 

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Description : Stokely Carmichael s’adressant aux étudiants du A&M en Floride en 1967. Description : Stokely Carmichael à Greenwood en 1966 lors de la marche de Meredith
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