« Nous rendons hommage à la femme qui s’est tenue debout, en restant assise ». Voici les mots qui accompagnaient le linceul noir déposé le jour de ses obsèques dans le bus où Rosa Parks a su dire non à la ségrégation.
Depuis son enfance, Rosa Parks, fille d’une institutrice et d’un charpentier, prend place à l’arrière des bus, réservé aux noirs. Elle doit monter par l’arrière et céder sa place aux blancs en cas d’affluence. Cette fois, le 1er décembre 1955, cette couturière de Montgomery refuse d’obéir. Elle est alors arrêtée pour trouble à l’ordre public et violation des lois locales. Ces lois, appelées lois « Jim Crow », réglementent cette ségrégation dans les transports de l’époque (ainsi que dans tous les autres domaines de la vie).
Qu’est-ce qui pousse Rosa Parks à la désobéissance civile ? Peut-être le souvenir de son grand-père surveillant sa maison contre les attaques du Ku Klux Klan, peut-être le choc qu’elle ressentit en apprenant le meurtre sauvage du jeune Emmett Till, mort durant l’été de la même année, lynché puis pendu parce qu’il avait osé regarder une jeune femme blanche. Ou peut-être simplement la lassitude et la révolte face à cette ségrégation quotidienne et au racisme omniprésent dans les Etats du Sud, racisme qui permit aux assassins d’Emmett Till d’être acquittés quelques semaines après leur meurtre.
Martin Luther King, alors jeune pasteur inconnu de 26 ans, fondera le « Montgomery Improvement Association » en réaction au procès de Rosa Parks. Ce procès constituera l’élément déclencheur d’une vaste campagne de contestation et de boycott des bus de la ville par les noirs. A l’initiative de MLK, il se prolongera durant 381 jours. La direction du NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) - dont Rosa et son mari Raymond font partie depuis leur jeunesse- et Martin Luther King vont faire de cet événement un symbole de la lutte contre la ségrégation. Ils obtiendront gain de cause puisque, le 13 Novembre 1956, la Cour Suprême statue que la ségrégation dans les bus est anticonstitutionnelle (arrêt Browdler vs Gayle). Cette victoire ne sera que partielle puisqu’il faudra attendre le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965 pour que les lois Jim Crow ne soient définitivement abrogées.
Mais le mouvement est lancé. Sans le savoir, Rosa avait fait le premier pas du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis. Et pour elle, le combat ne s’arrête pas là. Progressivement, elle s’impose comme une des icônes de la lutte pour les droits civiques.
En 1987, elle crée le « Rosa and Raymond Parks Institute for self-developpement » qui propose des circuits en bus pour montrer aux jeunes générations les sites marquants du Mouvement des droits civiques.
Le sénateur John Conyers, pour qui elle travaillera plus de vingt ans après les événements, disait d’elle : « Il y a très peu de personnes qui peuvent dire que leurs actions ont changé la face de la nation. Rosa est l’une d’entre elles ». Le jour de ses funérailles, beaucoup ne s’y trompèrent pas puisque 60.000 personnes vinrent lui rendre hommage et lui témoigner leur reconnaissance.
Publié le 15/04/2008 à 08:24
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