Eric Checco est metteur en scène, des shows prestigieux lui sont dus (le festival « Rue au Grand Palais » ou Urban peace au Stade de France), mais on lui doit également le spectacle « Pas de quartier », ode à la République métissée.
Pas de Quartier, le titre en lui-même recèle toutes les intentions du metteur en scène.
Pas de Quartier raconte la danse hip hop issue d’une multitude d’influences.
Pas de Quartier, c’est aussi un cri de ralliement avec une dynamique offensive spécifique à l’esprit de défi qui anime les batailles de danse (Battles). Chacun doit tout donner, improviser s’il le faut, pour remporter le trophée du meilleur danseur du moment… Lutte effrénée où la notion d’appartenance à un groupe, un quartier, une nation, prend toute sa place…
Nous avons compris que le message républicain était omniprésent dans votre spectacle. Quel est pour vous le visage idéal de la République Française ?
Pour moi le visage de la République est montré par deux de mes danseurs : Youssouf avec le bonnet phrygien et RF graffé sur son torse, ou bien Abibou, d’origine sénégalaise portant l’écharpe bleu blanc rouge et mariant un couple mixte.
Le vrai visage de la République est montré par la jeunesse qui est sens de positivisme. Ce qui me choque, c’est que les politiques et les médias parlent de quartiers sensibles. Certains sont chauds effectivement, mais je préfère parler de quartiers sensibles à l’art, à la créativité. Nous devrions nous abreuver de la culture urbaine qui est un cadeau énorme de mixité.
Est-ce que vous pensez qu’il y a une partie politique dans votre spectacle qui a vocation à changer les choses ? (à la manière d’Indigènes)
Oui et les effets sont déjà présents. Maintenant le Hip Hop va compter dans les DRAC. C’est le résultat de « Rue au Grand Palais », de Pas de quartier et d’Urban peace.
De plus une circulaire ministérielle impose dorénavant la culture urbaine dans les conservatoires.
Enfin, quel est le message principal de Pas de Quartier ?
On parle de trois générations d’immigration mobilisées à travers un long siècle (guerre 1914-1918, 1939-1945, mai 2002…)
Ils sont venus en France pour sauver la nation par leur force dans une guerre où ils n’avaient rien à voir. Or, on les a accueillis mais par la suite on les a dégradés, humiliés alors qu’ils portaient lors de la Libération le drapeau tricolore bien haut.
Enfin, je ne veux pas que le Hip Hop soit un show de divertissement ou de folklore. Le Hip Hop est né d’une tristesse, mais aussi d’une allégresse, de sorte à donner une interprétation festive. L’art est un commerce de plaisir mais il ne faut pas que cela tourne à l’exotisme. Ce spectacle montre vraiment une définition universelle de l’art : reconnaissance, exemplarité, défi sur soi même.
Pas de Quartier, c’est l’affirmation que la culture urbaine commence à influencer toutes les couches de la société. Loin de se ghettoïser, elle agit dans le renouveau artistique contemporain et développe des fusions dans tous les domaines de la vie courante et toutes les disciplines artistiques.
Publié le 23/10/2007 à 12:36
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