Les débuts. Lutter pour l’union des noirs
Journaliste, activiste politique, meneur de grève et orateur talentueux : par ces qualités et ces fonctions, cet ancien employé d’imprimerie, féru de lecture, inspiré par les écrits de Booker.T. Washington, allait devenir une des premières figures marquantes de la lutte pour l’émancipation des noirs américains. Cet originaire de la Jamaïque débarque aux Etats-Unis en 1916.
Harlem. Les années 20. L’époque de la « black Renaissance. »
La révolution russe bat son plein. Influencé par Ho-Chi-Minh, Lénine, Trotsky, il partage avec eux l’idée d’une union internationale des opprimés. Mais cette union doit être raciale : l’union des noirs avant tout. Cette doctrine radicale allait faire des émules.
Le refus de l’intégration
« Pendant plus de trois cents ans, l’homme blanc a été notre oppresseur. Il ne nous accordera pas la vraie liberté de bon gré. Nous devons nous libérer nous-mêmes. » Malcolm X ou les Black Panthers revendiqueront cet héritage intellectuel.
Il est l’un des premiers à refuser l’intégration graduelle, défendue par WEB Dubois et la NAACP et plus tard par Martin Luther King. Pour lui, s’intégrer à la société blanche est une utopie. Les noirs ne seront jamais libres aux USA.Tout comme pour les juifs, la perte d’espoir a poussé certains au repli communautaire. Des intellectuels juifs réfléchissent à un retour en Palestine. Nombre de noirs sont aussi séduits par l’idée d’un territoire à eux. Un retour en Afrique, comme le leur propose Marcus Garvey.
Le retour en Afrique. Le panafricanisme
Garvey prône deux idées essentielles qui font recette : l’union des noirs de tous les pays ET leur retour sur le continent africain. Cet « empire » dirigé par les noirs et pour les noirs devra imposer son rayonnement culturel et économique au monde entier. C’est à cette condition que le peuple noir, dans son ensemble, pourra retrouver sa dignité et son indépendance. Pour le leader, ce rapatriement est vu comme une rédemption.
En 1917, il crée une association pour promouvoir ce projet et pour l’amélioration de la condition de l’homme noir : l’UNIA. Elle est encore en activité aujourd’hui. Ce mouvement connaît un essor important. On y compte plus de 250000 sympathisants en 1920. Plus de trente sections voient le jour, fédérées autour du slogan « One god, one aim, one destiny » : « un dieu, un but, une destinée ».
On notera que le Ku Klux Klan soutiendra ces meetings. En effet, cette organisation suprématiste blanche approuve et encourage cette démarche de purification ethnique par départ volontaire. Des membres du Ku Klux Klan participent même parfois à certaines réunions, à la demande de Garvey lui-même.
En 1919, Garvey crée la Black Star Airlines, une compagnie maritime, disposant de quatre paquebots et censée servir le projet de rapatriement vers l’Afrique. Ces bateaux, financés par des actionnaires noirs, doivent desservir les Antilles et les USA et partir pour le Libéria. Marcus Garvey organise une grande tournée dans tout le pays afin de lever des fonds pour ce projet. L’élan est massif. L’enthousiasme est vif : la déception sera d’autant plus grande.
La déception. Une idée utopique ?
En 1922, la société est en faillite et Marcus Garvey est accusé d’escroquerie. Son procès pour fraude postale le condamne à la prison. En 1927, cette peine est commuée par le président Coolidge : il est alors interdit de séjour aux USA et exilé en Jamaïque.
Aux Etats-Unis, le rêve prend fin. Dans ce projet d’ampleur, beaucoup de noirs américains y ont perdu de l’argent mais aussi leurs illusions. Marcus Garvey voit alors son mouvement décliner jusqu’à sa mort en Angleterre en 1940. Il n’aura jamais mis les pieds sur le continent africain…
Ses héritiers ne parviendront jamais à rendre à nouveau ce projet de rapatriement possible. La libération du peuple noir sera désormais un combat qui se mènera de l’intérieur.
Publié le 14/04/2008 à 16:58
|