De l’humiliation à la « fierté noire » : éveil d’une conscience politique
Né dans une famille nombreuse et pauvre, il est le fils d’un pasteur baptiste. Son père est un fervent admirateur de Marcus Garvey, leader noir du début du vingtième siècle qui prônait le retour en Afrique pour tous les noirs américains afin de se libérer du joug blanc.
L’enfance du jeune Malcolm est mise à mal par trois événements qui s’avèreront déterminants puisqu’ils éveilleront sa combativité et le pousseront à l’action. Tout d’abord, le viol supposé de sa grand-mère, qui a fait de lui un jeune quarteron à la peau très claire. « Je hais chaque goutte de mon sang » dira-t-il à ce propos. Ensuite, l’incendie de sa maison par le Ku Klux Klan. Enfin, l’assassinat barbare et inexpliqué de son père, qu’il considérera comme un acte raciste déguisé.
Le père mort, la mère devient folle. Malcolm est alors ballotté d’une famille d’accueil à une autre. Enfance difficile. Harlem puis Boston. La tentation de la rue. Caïd. Cambriolage. La prison pour dix ans. Cette expérience d’enfermement est vécue comme une liberté pour le futur leader noir. Il y découvre la lecture, la religion et fait mûrir sa quête spirituelle et religieuse. Malcolm Little décide alors de renier son nom de famille. Il marque ainsi la rupture avec son ancien état servile. En effet, auparavant, les esclaves portaient le nom de leur propriétaire blanc si bien que les noms de famille noirs américains, descendants d’esclaves, renvoient aux noms des esclavagistes ! Masquer cette origine par le X était pour lui un symbole fort de la libération de l’homme noir. Il revendique désormais sa « négritude » et sa fierté d’être noir (« black pride »).
Le passage chez les Black Muslims : construction d’une pensée entre émancipation et esprit de revanche
A sa sortie de prison, en 1953, il se tourne vers les Black Muslims (qualificatif des membres de la « Nation of Islam »). Il est séduit par leurs idées que son frère lui a fait découvrir durant son incarcération.
Cette secte fondée dans les années trente par Elijah Muhammad -considéré par ses fidèles comme l’incarnation de Dieu sur terre- implanté dans les ghettos industriels des villes du nord, connaît un nouvel essor à la fin des années quarante. Mouvement devenu de masse, religieux autant que nationaliste, il mettait l’accent sur la faillite du christianisme auprès des peuples de couleur et il revendiquait la séparation avec les blancs sur tous les plans : scolaire, culturel, économique et politique. Cet « apartheid » était défendu par Malcolm X. Il revendique lui aussi la séparation et non l’intégration à la société américaine. La pensée de Malcolm X est fondé sur le principe de la revanche et non de la justice : il s’agit de prendre le pouvoir sur les blancs, si longtemps oppresseur. L’oppresseur devient l’oppressé. En cela, il se démarque très nettement de Martin Luther King, qui prêchait la justice et l’égalité entre noirs et blancs.
Il s’impose rapidement comme un prêcheur brillant. A son contact, cette communauté religieuse s’accroît nettement. Sa popularité grandissante fait naître des rivalités avec Elijah Muhammad. Elles ne vont cesser de s’exacerber… Les prises de positions de Malcolm X consécutivement à l’assassinat de J.F Kennedy - dans lequel il dit voir « un juste retour des choses », autrement dit une conséquence naturelle des violences que les hommes blancs ont si longtemps fait subir aux noirs- constitua le prétexte idéal pour l’exclure définitivement.
« La révolution, c’est l’effusion du sang » : la violence comme matrice de la lutte
Autre divergence qu’il a avec Martin Luther King : Malcolm X est très hostile à la non-violence, qu’il voit comme un signe de soumission. C’est pourquoi il condamnera la Marche sur Washington, organisée par MLK.
« La révolution n’est jamais fondée sur l’amour des autres et le pardon des offenses… La révolution c’est l’effusion du sang » écrit-il en 1964. La même année, de retour d’un pèlerinage à La Mecque, il organise sa propre organisation religieuse « La mosquée musulmane », puis son propre mouvement : l’organisation pour l’unité afro-américaine. Notons que ce voyage à La Mecque le fait évoluer : il y découvre effectivement que des personnes de toutes origines peuvent communier autour d’un même idéal, ce qui le poussera à intégrer cette donnée et tempérera désormais fortement sa radicalité « anti-blancs ». C’est à cette même période que la rivalité avec les Black Muslims prend alors une tournure violente : Louis Farrakhan (alors bras droit de Elijah Muhammad et actuel leader de la Nation of Islam) le considère « digne de mourir ». Après avoir échappé à de nombreux attentats, Malcolm X est finalement assassiné en 1965 par des membres de la Nation of Islam.
Publié le 15/04/2008 à 11:16
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