Une jeune esclave ou les conditions d’une révolte
Harriet Tubman est née - sous le nom d’Araminta Ross - aux alentours de 1820 dans le Maryland. Les ancêtres d’Araminta Ross sont africains au premier degré. Elle est la cinquième d’une famille de neufs enfants. Esclave du propriétaire Edward Brodess, elle est louée dès l’âge de six ans. Elle est successivement couturière, employée de maison, baby-sitter. A l’âge de douze ans, elle est finalement considérée comme apte aux travaux des champs. Elle est régulièrement battue par ses maîtres. On lui inflige les traitements les plus cruels. Un jour, un contre-maître va même jusqu’à lui envoyer un poids d’un kilo sur la tête. Cette agression violente lui causera des crises d’épilepsie qui la suivront toute sa vie.
La dureté de ces conditions de vie la pousse finalement à s’échapper en 1849, après son mariage avec John Tubman, quatre ans auparavant. Cet homme libre ne partage pas son rêve et menace même de la dénoncer si elle s’enfuit. Ces menaces sont sans effet. Malgré le danger, Harriet Tubman s’évade vers le Nord abolitionniste.
Lors de son périple, elle est assistée par un immense réseau d’évasion nommé « Underground railroad » ou chemin de fer clandestin. Ces membres, noirs ou blancs, sont tous des partisans de l’abolition de l’esclavage. Ils aident les noirs du Sud à s’échapper vers le Nord. Un noir libre et lettré, William Still l’aidera énergiquement lors de sa fuite. Plus tard, il écrira ces mémoires dans lesquelles il racontera en des termes élogieux sa rencontre avec la courageuse Tubman.
Une combattante pour la liberté ou « la Moïse Noire »
Ce périple sera le premier de la dizaine de voyages qu’elle effectuera du Maryland vers les états libres du Nord pour guider plus de trois cents esclaves vers la liberté. Elle sera un chef de réseau important de l’Underground Railroad pendant plus de dix ans.
A partir de 1850, le « Fugitive Right Act » rend le Nord dangereux pour les esclaves. La loi stipule que tout citoyen qui aidera un esclave à s’échapper sera arrêté. Et chaque esclave évadé devra être remis aux autorités sous peine d’amende. Dès lors, il devient plus sûr d’aller trouver refuge vers le Canada. Harriet Tubman dirigera de telles expéditions et parviendra à faire fuir quatre de ses frères.
Son caractère impitoyable et sa rigueur furent peut-être la clé de sa réussite : elle ne perdit jamais un seul esclave. La situation était très dangereuse, il ne fallait jamais prendre de risques inutiles. Elle était alors sans concession. « Tu seras libre ou tu seras mort », dit-elle un jour en pointant avec un pistolet un esclave qui tentait de faire demi-tour.
Une femme noire libre ou un double modèle d’émancipation
Le combat ne s’arrête pas là. Harriet Tubman poursuit son destin d’esclave libre mais aussi de femme affranchie. A une époque où les femmes sont considérées comme des sous-hommes, au même titre que les noirs, Tubman est un véritable chef militaire. On l’appelle même « Général Tubman ». Pendant la Guerre de Sécession, elle s’engage auprès des abolitionnistes et travaille comme infirmière, puis cuisinière. Mais très vite, on remarque son intelligence et son courage. On lui confie alors des missions stratégiques. Elle guide des esclaves et devient espion pour les nordistes, pro-abolition. Elle se déguise et use de toutes les ruses pour obtenir des informations. En 1863, elle organisera même un raid sur la rivière de Combahee en Caroline. Elle planifiait alors sans le savoir la première opération militaire de l’histoire des Etats-Unis dirigée par une femme ! On peut dire que H. Tubman s’est doublement émancipée : de sa condition et de son sexe. Aujourd’hui encore, Harriet Tubman reste un modèle du combat féministe.
Après la guerre, elle se mariera avec Nelson Davis, lui aussi vétéran de la Guerre de Sécession. Ils s’installeront à Auburn, dans l’Etat de New York. Elle deviendra alors assez naturellement une activiste pour les droits des noirs américains et pour ceux des femmes jusqu’à sa mort en 1913.
Publié le 17/02/2008 à 16:00
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