« Up from slavery » est désormais un classique de la littérature américaine. Cette autobiographie parut en 1901 retrace le parcours de ce jeune noir, né esclave en 1865 et qui fondera l’université pour jeunes enseignants noirs de Tuskegee, Alabama. Booker T. fût enseignant, écrivain, mais c’est surtout comme militant pour l’intégration des noirs américains qu’il devint un homme public.
De l’esclavage à l’université : Booker ou un modèle d’intégration
Booker.T Washington est né dans une famille pauvre du sud-ouest de l’Etat de Virginie d’un père blanc et d’une mère noire. Il n’a pas connu son père. C’est son beau-père, un esclave affranchi, qui l’éduquera. Très tôt, il a le goût des études mais la pauvreté oblige le jeune garçon à travailler dans des mines de charbon et des fours à sel pour aider sa famille. Frustration. Booker voulait étudier.
A seize ans, ses parents l’autorisent finalement à quitter son travail. Il rentre alors à l’institut agricole de Hampton, devenu depuis une université, où il paye ses études en y travaillant comme portier. Elève brillant, il devient rapidement professeur. Il exercera là-bas. Remarqué par le directeur de l’école, Sam Armstrong, il devient alors le premier dirigeant de l’Université de Tuskegee. Cette Université qu’il fonde en 1881 forme de jeunes enseignants noirs. Il en sera le président jusqu’à sa mort en 1915.
L’intégration en douceur. Le discours du « Compromis d’Atlanta »
Honneur suprême pour un noir américain à l’époque, B.T.Washington est invité à parler lors de l’ouverture de la « Cotton states exposition » en 1895. Là, il prononce le discours du « compromis d’Atlanta ». Pour lui, les noirs ne pourront obtenir des droits civiques qu’à travers leur propre avancement économique et moral. Il considère que la bataille doit être sur le terrain, avant d’être devant les tribunaux. Plutôt qu’une bataille juridique offensive, il préfère défendre une intégration par l’excellence : l’éducation et la probité morale de chacun pousseront la société blanche à les reconnaître. Ce discours nuancé fait mouche auprès de nombreux mécènes blancs. Il récolte des fonds de grands patrons de l’époque. Henri Rogers, alors grand magnat de la Standard Oil, le célèbre Rockefeller, Julius Rosenwald ou encore W.H Taft, lui donneront des aides colossales pour financer la mise en place de programmes éducatifs coûteux et la création de nouvelles écoles dans le pays. Ils sont séduits par ce discours modéré qui reprend à son compte, une idée très ancrée dans les mentalités américaines : « Aide-toi, et l’Amérique t’aidera »
Un compromis trop frileux ?
Mais cette logique de compromis n’est pas sans froisser certains dirigeants noirs tels que l’un des futurs fondateurs de la N.A.A.C.P, W.E.B Dubois. Ils y voient opportunisme et frilosité. Frilosité. Car pour eux, la lutte pour l’intégration des noirs doit passer par des changements légaux et par une ligne bien plus offensive en matière de droits civiques. Opportunisme. Car cet ami des blancs accepte trop facilement d’être leur caution noire progressiste pour faire subventionner ses programmes et être invité à la Maison Blanche.
Publié le 18/02/2008 à 16:51
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