En 1492, Christophe Colomb, parti en quête d’une nouvelle route maritime vers les Indes, découvre le Nouveau Monde. Rapidement les Espagnols vont coloniser ces terres avec leurs habitants, les « Indiens » et, en l’espace d’une dizaine d’années à peine, un véritable système d’exploitation des populations d’Amérique du sud se met en place.
Des milliers de colons quittent le vieux continent dans l’espoir de s’enrichir rapidement. Parmi eux, Bartholomé de Las Casas, un jeune clerc s’embarque en 1502, avec dans l’idée de faire fortune à Hispaniola (Haiti). Il suit ainsi la route tracée par son père, qui avait navigué aux côtés de Christophe Colomb. Fraîchement débarqué, il achète des terres et une encomendia, c’est à dire le droit d’utiliser un groupe d’Indiens pour exploiter son domaine. Pendant une dizaine d’années, il fait ainsi prospérer son activité et, en 1512, il est le premier prêtre ordonné sur le nouveau continent.
Pourtant, le mode de vie qu’il mène ne le satisfait plus. En effet, il est de plus en plus écœuré par l’exploitation des Indiens dont il est l’acteur et finalement, en 1514, il subit une véritable conversion idéologique. Il délaisse son domaine, renonce à son droit d’encomendia et proclame haut et fort que, selon ses mots, « tout ce qui se commettait aux Indes vis-à-vis des Indiens était injuste et tyrannique ». Il choque ainsi l’ensemble de la communauté des colons et s’attire nombre d’ennemis ; mais ce n’est qu’un début !
Bartholomé décide de s’engager complètement dans la lutte pour protéger les Indiens ; il commence donc à mener un véritable combat dans la sphère publique. Pour cela, il s’embarque à nouveau sur une caravelle espagnole, cette fois-ci pour regagner son pays natal. Son objectif est ambitieux : rallier la société espagnole à sa cause, et en particulier le roi lui-même ! Heureusement, il n’est pas seul car, depuis des années déjà, l’ordre religieux des dominicains a préparé le terrain par ses critiques énergiques du système d’exploitation pratiqué en Amérique.
Arrivé en Espagne, Las Casas se met au travail et se distingue rapidement par son engagement et son éloquence. A Barcelone, il soutient avec éclat devant une foule conquise la thèse de la liberté naturelle des Indiens et de leur droit à la propriété. Mais devant l’extension des conquêtes au Pérou et au Mexique et l’intensification des violences envers les populations, Bartholomé retraverse l’océan et prêche activement sur place contre les conquêtes militaires.
Finalement, tous ces efforts portent leurs fruits : en 1542, Charles Quint, influencé par Bartholomé, édicte les Leyes Nuevas (nouvelles lois) qui prévoient l’interdiction de l’esclavage des Indiens. Il est alors nommé évêque de Chiapas (dans l’actuel Mexique) où, fidèle à son engagement, il fait tout pour faire respecter les nouvelles ordonnances du roi. Il refuse par exemple l’absolution aux propriétaires esclavagistes. Il s’attire évidemment les foudres des colons et est obligé de fuir son évêché !
Il regagne donc l’Espagne où il continue la rédaction d’ouvrages polémiques engagés contre les excès du gouvernement colonial et les cruautés des conquérants. Ses plus célèbres œuvres sont son Historia de Las Indias et surtout sa Brevissima Relacion de la destruccion de las Indias, où il s’attarde sur les conditions de vie des Indiens d’Amérique, exploités et décimés.
En 1550, il est convié à une rencontre théologique provoquée par Charles Quint pour débattre justement de thèmes tels que la légitimité des conquêtes ou la liberté naturelle des Indiens (Charles Quint voulait notamment savoir s’il pouvait relancer l’esclavage des Indiens alors que l’Eglise catholique s’y opposait officiellement). Cette « Controverse de Valladolid », où il affronte notamment Sepulveda (un des grands défenseurs du système colonial), le rend définitivement célèbre.
Jusqu’à la fin de sa vie, il met son énergie et son esprit au service de la défense des Indiens, et lorsqu’il s’éteint en 1566 à l’âge de 92 ans, il s’excuse encore de ne pas avoir assez fait pour eux.
Bartholomé de Las Casas est considéré comme une figure clef par les défenseurs des Droits de l’Homme et il montre l’exemple d’un engagement intense et quotidien au service d’une cause juste.
Publié le 17/02/2008 à 12:02
|